Ils sont rares ceux qui sont dans le besoin et qui n’hésitent pas à tendre la main ou encore profiter d’un passage télévisuel ou radiophonique pour un délire de plaintes ou par une insistance à la limite presque collante… Il y a ceux, même s’ils sont pires et ont aussi la chance de communiquer, ne tendent jamais la main même s’ils sont plus démunis que beaucoup d’autres qui ont fait de la mendicité un métier.
Une jeune fille m’a interpellée par son discours entendu par hasard ce matin. Elle était si digne et si fière dans sa façon de parler. Elle n’a que 18 ans, passe son baccalauréat cette année mais n’a pas encore intégré le lycée de son village. De sa voix se dégageait une maturité et honneur surprenants qui m’ont attirée pour en savoir plus. J’étais dans la voiture et j’ai fermé vite les vitres du véhicule pour mieux écouter le dialogue avec l’animateur matinal d’une radio privée qui s’adressa à elle par cette question :
« Pourquoi n’as-tu pas encore intégré ton lycée. La rentrée a déjà eu lieu…» Je remarquais la gêne de la jeune fille à répondre. L’animateur insiste : mais dis moi pourquoi ?
– Mon lycée est loin de la maison…
– Et alors ?
– J’ai préféré laisser mes plus jeunes frères intégrer leur
école avant moi…
– Mais pourquoi ?
– C’est-à-dire … que c’est une question de moyens
– Et pourquoi tes jeunes frères ont les moyens et pas toi ?
– Eux, ils sont encore très jeunes et fragiles. L’argent destiné à la rentrée ne suffit pas pour nous tous. Je préfère que ce soit mes petits frères qui en bénéficient. Ils auront mal quelque part de voir les autres écoliers aller sans eux à l’école. Moi je n’aurais pas autant mal. Je peux attendre que la situation financière de
mes parents s’améliore… mais ce n’est pas grave c’est juste provisoire.
– Ah, je comprends, vous avez besoin de quelque chose répliqua l’animateur ?
– Non, non… mais s’il vous plait je ne suis pas sur vos ondes pour tendre la main… Je me fie
toujours à Dieu pour subvenir aux besoins des miens.
– Vous êtes combien de frères et sœurs ?
– Nous sommes six. Les deux aînés ne sont pas scolarisés.
– Juste une question, ton lycée est vraiment loin de
chez toi ?
– Oui, plus d’une heure de marche. Mais ce n’est pas un problème j’y vais à pied le matin pour revenir à la maison le soir.
– Oh! mais c’est bien loin alors pour toi. Pas de moyens de transport ?
– Non, les bus ne viennent pas sur les pistes lointaines. Mais pourquoi vous êtes étonné?
s’adressa la jeune fille à l’animateur insistant. Quand vous étiez petit vous n’êtes jamais allé à l’école à pied ?
– Si si, répondit l’animateur confus.
– S’il vous plait, j’ai pas besoin de faire savoir aux gens que je nous sommes pauvres. Dieu nous protège, ne vous en faites pas. »
Pour couper court au dialogue devenu embarrassant, l’animateur passa directement au jeu du Quizz. L’esprit de cette émission étant de poser de très simples questions pour faire gagner de l’argent aux démunis. Même si ces derniers répondent faux, ils gagnent quand même par intervention de l’animateur. Ce dernier allait donc poser la question, mais avant qu’il ne la pose, la jeune fille insista qu’il faudrait qu’on la considère comme n’importe quel auditeur pauvre ou riche. Et que surtout, il ne fallait pas qu’il la fasse gagner par pitié. Elle était pauvre certes mais avait cette hauteur d’âme et cette dignité de jeune femme forte et battante.

Beaucoup de jeunes et moins jeunes aiment la facilité. Souvent même des mendiantes et mendiants ne sont pas dans le besoin, j’en connais même à qui on a proposé du travail mais qui refusent de travailler car mendier rapporte plus sans se fatiguer. Ce n’ était pas du tout le cas de cette noble demoiselle car elle s’avait qu’elle était pauvre et qu’elle avait besoin d’honneur, les riches n’en ont pas besoin, aurait-elle pensé.

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