Le merveilleux espace feutré de la cité de la culture était archi comble par un public venu assister au spectacle « Lella » d’Amina Srarfi, en ouverture du Festival de la médina de Tunis.. Même les escaliers à la moquette lumineuse étaient pris d’assaut faute de place. C’est que la soirée en valait le détour pour découvrir la mémoire de l’histoire collective, revenir aux sources des chants mystiques de nos « zaouias ». Deux « maddahat », la doyenne et la plus jeune à savoir Mamia Karoui et Dajla Kader ont formidablement surpris par leurs voix puissantes.

La comédienne Leila Chebbi a joué le rôle de récitante alors que Nabiha Karaouli tout de blanc vêtue avait magistralement clôturé la soirée avec de magnifique chants de louanges.

Autant artistique que dévotionnel, cette mémorable soirée nous a fait découvrir pour la première fois de l’histoire du festival un spectacle pareil. Les poèmes mystiques louant le prophète Mohamed (saw) récités par la comédienne Leila Chebbi, avait ému l’assistance jusqu’aux larmes. Parées de magnifiques tenues d’un bleu intense, les musiciennes et le chœur, parfois avec les cheveux à demi voilés, ont chanté et dansé délicatement.. séduisantes et envoûtantes femmes.

Loin des stéréotypes des femmes musulmanes les artistes nous ont fait découvrir un islam atypique et féminin d’inspiration soufi, chanté et dansé uniquement par des femmes, tous âges confondus.

« Je suis venue découvrir une culture, et la foi du point de vue d’artistes tunisiennes qui aspirent certainement à l’égalité des droits entre hommes et femmes» avait affirmé une étrangère.
En effet, dans l’histoire du soufisme, la place de la femme a été importante sans aucun doute dans l’esprit d’Amina Srarfi. Dans une nouvelle tendance, elle a tenté de s’imposer sur la scène religieuse, tout en associant le spiritualisme au modernisme.

Consacré aux orantes, ascètes et femmes saintes tunisiennes, Le spectacle nous a fait découvrir à part Saida Manoubia, d’autres premières femmes soufies nombreuses et glorieuses telles que Saida Ajoula, Saida Arbia, Saida Messika, Saida Tebourbia, Saida El Andria, Saida Smaya, Saida Chebaana, Saida Bessisa…

Dans les prières rituelles de l’Islam pour lesquelles la récitation des psalmodies, toutes les pratiques, propres à la confrérie (invocations de noms divins, chants sacrés), s’effectue toujours à voix basse pour les femmes et à voix haute pour les hommes. C’est comme si le spectacle « Lella » voulait se défendre d’une tradition séculaire contre un obstacle à l’épanouissement intérieur des femmes.

En quittant la salle, le public avait comme compris que l’histoire du soufisme tunisien a démontré suffisamment dans ce spectacle, la possibilité d’une spiritualité féminine extrêmement forte, très vivante aujourd’hui.

Nadia Ayadi

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