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Emna Louzyr et Moëz Majed, du micro à la librairie

 A l’occasion de la parution du livre « Tout un Poème » aux éditions Nirvana, un ouvrage qui a reçu un excellent accueil du public et de la critique, la revue Femmes de Réalités est partie à la rencontre de ses auteurs Emna Louzyr et Moëz Majed dans un sympathique et attachant entretien croisé .

 

 Ce livre « Tout un poème », édité aux éditions Nirvana est parti d’un projet radio entre deux poètes. Est-ce facile de travailler à deux quand on est poètes Emna Louzyr ?

Pour moi, la question ne s’est jamais posée. Je connais Moëz depuis 2009, on s’était rencontrés lors de la signature de mon livre Sabra. Nous avons eu l’idée ensuite de créer ensemble le Magazine « Opinions » en 2011. J’aimais et j’aime sa poésie, j’y vois son âme, ce qu’il y a de vrai au-delà de toute opacité. D’ailleurs lorsqu’en 2019 la Direction de RTCI m’a demandé de monter un projet autour de la poésie, j’ai tout de suite pensé à lui.

Un véritable enrichissement…

En effet, Moëz m’avait fait découvrir des poètes que je connaissais peu ou mal.

Un excellent choix pour une émission radiophonique…

Il me semble que j’ai fait le bon choix puisque l’émission dure encore aujourd’hui trois ans après et qu’elle paraît en livre.

Et vous Moëz Majed, quel regard portez-vous sur cette collaboration en duo ?

Je n’ai trouvé aucune difficulté à travailler avec Emna, bien au contraire. On se connaît bien et on avait déjà travaillé en tandem par le passé. La confiance règne chez l’un comme chez l’autre.

Des similitudes ?

Il  se trouve que nous avons  plutôt des approches complémentaires qui se nourrissent mutuellement.

J’ai pu, grâce à Emna,  élargir ma perception et ma lecture des œuvres poétiques en y intégrant des concepts empruntés à la philosophie ou à la psychanalyse. Ceci a donné aux portraits des poètes présentés dans le livre une profondeur et une pertinence humaine qui, à mon sens, sont difficilement atteignables par la simple lecture de la critique littéraire.

Comment avez-vous eu l’idée de sortir un livre à partir de votre émission Emna Louzyr ?

C’est une vieille tradition au sein de la Maison de la Radio puisque certains de nos aînés avaient dans le passé, publié des livres tirés de leurs émissions à succès. On pense à Abdelaziz Aroui, Mongi Chamli, Mohamed Laroussi Metoui…

Vous reprenez un peu la relève…

Malheureusement cette tradition s’etait perdue et ces livres sont devenus rares aujourd’hui. Nous essayons de relancer une tradition qui a fait la grandeur de la Radio Tunisienne et nous invoquons la mémoire de nos aînés.

Vous avez réussi Moëz Majed à acquérir un véritable fidèle public…

Cette émission « Tout un poème » a, depuis trois ans, fédéré un public surtout autour d’une idée que la poésie est source de vie et d’émerveillement. Nous avons pensé que la sortir en livre pouvait donner à nos auditeurs la possibilité de se l’approprier autrement et de pouvoir y revenir dans l’intimité d’un moment de lecture.

Lors de la dernière Foire internationale du livre, l’ouvrage a connu un succès certain… cela vous fait quoi ?

La sortie du livre nous donne manifestement raison puisqu’apparemment comme vous l’avez observé, il est très bien reçu par le public et les critiques. Cela nous fait si chaud au cœur.

La notion de transmission est-elle importante pour vous Emna Louzir ?

Évidemment elle l’est même si je n’ai jamais vraiment réfléchi en ces termes.

Avez-vous réussi à transmettre l’amour de la poésie à vos filles?

Je n’ai jamais été dans la notion de devoir et d’obligation avec mes filles. Elles me voyaient lire et c’est peut-être ainsi qu’elles se sont mises à lire elles aussi. c’est d’ailleurs de cette manière-là qu’on m’a transmis l’amour de la littérature.

Ma fille aînée s’intéresse à la littérature anglophone et elle écrit en anglais.

Pareil pour vous Moëz Majed ?

La notion de transmission est sans doute très présente dans mon esprit. C’est quelque chose qui a été importante pour mon père et il n’a jamais caché son aspiration dynastique. Cela ne concerne pas la poésie à proprement parler mais plutôt l’érudition de manière générale.

Je pense que notre génération a été dépositaire de ce qu’ont accompli nos aînés qui ont fondé un État National, une culture tunisienne ouverte sur le monde sans pour autant tourner le dos à ses racines et à son patrimoine arabo-musulman. C’était une synthèse brillante qui a fait la spécificité de la Tunisie. Il est de notre devoir de la préserver, de l’enrichir et de la transmettre aux générations qui suivront. En observant la manière dont se présentent les choses, j’ai quelques inquiétudes à ce propos…

Comment vous voyez-vous dans dix ans Emna Louzyr  ?

Je ne me projette pas du tout dans l’avenir. Je crois en l’éphémère comme une manière d’être. Nous laissons une trace qui est le reflet de notre âme et de notre présence dans ce monde.

Et  pour vous Moëz Majed,?

Dans dix ans… Si je pouvais être en vie et en bonne santé, cela ne serait déjà pas si mal…