mon-combat-pour-sauver-ma-fille1540-1Tina, une belle et jeune Allemande avait tout quitté pour un tunisien. Hélas, l’histoire d’amour ne se termine pas comme dans les contes de fée où le prince et la princesse vécurent des jours heureux. Ils se transforment plutôt en cauchemar. Battue et humiliée, la jeune femme décide de divorcer. Cette procédure lui fait perdre la garde d’une petite fille née d’un amour fou. L’histoire est narrée par elle-même dans un blog, reprise en partie par le magazine Closer. Tina raconte son aventure dans deux livre autobiographiques. Le premier est intitulée « Mon combat pour sauver ma fille » et le deuxième ayant pour titre « Sauvée ». Voici une partie de son histoire.

« Une promenade sur les rives du Rhin m’amena par hasard devant une agence de voyages. Une offre alléchante retint soudain mon attention : le soleil, la mer et les palmiers, sept jours et sept nuits pour 149 marks (76 €). Je m’arrêtais net et contemplais mon reflet dans la vitrine : j’avais l’air épuisé. Je me rendis à l’évidence et souris. Une semaine de vacances me ferait le plus grand bien. Les derniers mois avaient été éprouvants. Je venais de commencer une formation de coach en entreprise, qui me prenait beaucoup de temps, mes deux fils vivaient chez leur père dont j’étais séparée et grandissaient sans moi. Je me battais en vain pour récupérer leur garde. Je m’étonnais de pouvoir encore pleurer, alors que j’avais déjà versé tant de larmes… Comment avais-je pu en arriver là ? Moi dont le seul rêve était de fonder une famille. J’avais une certitude : je n’étais pas prête à retomber amoureuse.!

Je m’envole pour la Tunisie à la fin du mois de février 2000. Dès mon arrivée à Sousse, je suis sous le charme du pays. Des paysages magnifiques, un temps de rêve, un hôtel qui me semble luxueux – moi qui n’en ai pas l’habitude. Le séjour s’annonce parfait. Le troisième jour, je suis abordée par un charmant inconnu : « Ça vous tente de boire une bière en ma compagnie ? », me demande-t-il dans un anglais parfait. J’accepte et m’assieds au bar avec ce bel homme prénommé Farid. Il est interne en médecine. C’est un ambitieux, aux objectifs bien précis. Je trouve cela plutôt séduisant. Pendant des heures nous conversons de tout et de rien, comme de vieux amis. Le temps s’envole. Le verre se transforme en dîner qui se poursuit sur la piste de danse. On rit, on se trémousse sur la musique. Je me sens tellement bien ! C’est donc ça, le bonheur. Ces dernières années, j’avais oublié le sens de ce mot. Le lendemain, je me réveille aux côtés de Farid. Il me regarde en riant. Et dans ses yeux, je lis… de l’amour ? Déjà ? Oui, déjà. Nous avons eu un coup de foudre digne d’un roman, aussi soudain qu’inattendu. C’est une véritable passion. Farid me fait découvrir son pays. C’est merveilleux, on ne se quitte plus. Ma semaine de vacances se termine bien trop vite et nous devons nous séparer.

De retour à Düsseldorf, je l’appelle tous les jours. Un mois plus tard, je saute dans le premier avion pour la Tunisie. Dans les semaines qui suivent, les allers-retours s’enchaînent. Je dois concilier deux existences diamétralement opposées. Plus je le vois, plus il compte à mes yeux, au détriment de mon avenir professionnel. Je l’aime tendrement et je sais que c’est réciproque. Je ne suis pas une simple touriste avec qui il passe du bon temps. Un lien bien plus fort nous unit. Non seulement je le trouve très attirant, mais je suis presque hypnotisée par l’assurance qui émane de lui. Elle résonne comme une promesse, celle d’un soutien infaillible. Je m’en remets totalement à lui. Bientôt, je dois me rendre à l’évidence : Farid me manque trop. Il faut trouver une solution. Il refuse de venir vivre en Europe, je m’en accommode parfaitement, car j’adore le soleil et la mer. « Si tu venais t’installer en Tunisie, tu pourrais te reconvertir dans le tourisme, me propose-t-il un jour. Enfin, ce n’est pas comme si tu avais le choix. Il va falloir que tu gagnes de l’argent pour deux, puisque je n’ai pas encore terminé mes études. » Ni une ni deux, je me lance dans l’aventure. Dès la fin de ma formation de responsable touristique, je rentre à Düsseldorf, charge ma Kangoo à bloc et me met en route pour la Tunisie où une nouvelle vie m’attend…

Très vite, je commence mon nouveau travail dans les grands hôtels de la région. Farid termine sa thèse de médecine. Le soir venu, je le retrouve à la maison et nous sortons dîner. Je suis comblée par ma nouvelle existence. Farid a bouleversé ma vision du monde. Je crois de nouveau au bonheur et à l’amour. Je découvre peu à peu mon chéri. Parfois, sous un jour moins plaisant. Comme sa façon de décider systématiquement de la façon de dépenser notre argent, alors que c’était moi qui le gagnais et qu’il ne travaillait pas. Je me sens comme une simple invitée. Il est aussi impulsif. Un soir, au restaurant, je crois, à tort, avoir perdu l’argent que ma grand-mère venait de m’envoyer. Ne le trouvant plus dans mon sac, je me tourne vers Farid et je soupire : « Oh non, ce n’est pas possible ? » Aussitôt, il entre dans une colère noire : « Je ne me laisserai pas accuser de la sorte ! », hurle-t-il et part en trombe.

Je lui cours après, totalement abasourdie, en le suppliant, mais il ne daigne même pas se retourner. Il ne revient que le lendemain matin. Il me faudra le supplier pendant des jours pour qu’il accepte de me pardonner.

Comble de l’ironie, je m’excuse platement alors que je ne suis pas en tort. Il me reproche des accusations que je n’ai jamais formulées et encore moins pensées. Notre relation débute, je veux éviter tout conflit de peur de mettre notre jeune couple en danger. J’aurais dû me montrer plus vigilante…

« Un an après notre rencontre, tout semblait bien se passer en fin de compte pour poursuivre une nouvelle vie dans un pays que j’adorais. Il m’avait enfin présentée à ses parents. J’essayais de me conformer à leurs mœurs, à leurs attentes, même si ce n’était pas toujours évident pour moi. Plus d’une fois, ma belle-mère m’a fusillée du regard, mais je m’accrochais. Je donnais tout ce que j’avais pour ne pas mettre en péril couple. Je multipliais les efforts pour faire oublier que j’étais Allemande, pour devenir une belle-fille potentielle digne de ce nom. Sans véritable succès…

J’avais placé Farid au centre de ma vie et, à vrai dire, par moments, ma volonté de ne pas le décevoir était si forte que j’avais l’impression de ne plus vraiment exister par moi-même. Je le sais maintenant, certains incidents auraient dû m’alerter. Comme ce jour où il est sorti dans le jardin pour allumer un bûcher et y brûler deux livres que je lisais et qui lui déplaisaient. L’un parce qu’il traitait de la condition féminine, l’autre, un exemplaire du Coran en allemand, parce que, selon lui, la traductrice était juive. Par la suite, il s’est excusé.

Ce n’était qu’un dérapage, un événement isolé. Et puis, sa situation n’avait rien de facile : je travaillais pour nous deux, il vivait à mes crochets, une véritable humiliation pour un Tunisien. Pour ma part, l’incident était clos. Je préférais penser à l’avenir. En 2001, j’ai appris que j’étais enceinte. Nous étions très heureux tous les deux. Ce bébé me donnait confiance en l’avenir. Nous avons décidé de nous marier le 2 février 2002. Mais la date que j’avais choisie en espérant qu’elle nous porte bonheur fut la date anniversaire du pire jour de ma vie, celui qui a marqué le début de ma descente en enfer.

A l’époque, Farid et moi étions venus vivre en Belgique quelque temps pour lui permettre de parfaire sa formation de médecin. Mon père, ma sœur et mes grands-mères étaient présents. Seuls quelques proches de Farid, qui habitaient à Paris, avaient pu faire le déplacement. Ce ne pouvait pas être le grand mariage traditionnel dont il rêvait. D’autant que mes moyens étaient limités. Il me l’a fait payer.

Malgré la grossesse, les nausées et la fatigue, il m’a laissée me débrouiller toute seule. Une caricature de macho. La fête terminée, furieux, il m’expliqua que tout était raté et que c’était de ma faute, car je n’étais pas tunisienne.

Il détestait la Belgique et estimait que la formation de médecin qu’il suivait, et que je l’avais aidé à trouver, était minable. Soudain, il a bondi, m’a attrapée par le bras, m’a tirée jusqu’à la chambre et jetée sur le lit. Puis, tout en jurant en arabe, il est allé dans la cuisine et en est revenu avec les sacs poubelles gigantesques où ma sœur et son compagnon avaient jeté les restes du repas. Farid les a déchirés sur moi. Couverte de mégots, d’ordures, je me suis recroquevillée pour protéger mon ventre et j’ai fondu en larmes.

 

Le lendemain, je me suis réveillée avec la certitude que, si nous avions pris un mauvais départ, c’était à cause de la vie que nous menions en Belgique. Ce n’était évidemment pas le cas… Emira, notre petite princesse est née au printemps 2002. Farid l’adorait.

Notre mariage n’en est pas sorti renforcé. Jamais il ne levait le petit doigt pour m’aider. Insinuant de surcroît que j’étais une mauvaise mère, il commençait à surveiller mes fréquentations. M’interdisant de voir notre voisine, car elle était mère célibataire, « une traînée » selon lui.

Lui qui semblait si tolérant en Tunisie avait changé du tout au tout. J’en venais à me demander ce qu’il avait pensé de moi, la touriste qui avait tout de suite accepté de boire un verre avec lui. Je ne pouvais pas croire qu’il me méprisait parce que j’avais grandi dans une autre culture, en femme libre.

A cette époque, l’espoir l’emportait sur la raison et j’étais incapable d’admettre que quitter Farid aurait était la meilleure solution. Trop occupée à survivre au quotidien, j’évitais de me poser des questions.

J’avais pour priorité de ne pas contrarier Farid, sinon il me jetait des objets au visage. Il adorait Emira, c’était la prunelle de ses yeux. Dès qu’il rentrait, toute son attention était pour elle, pas pour moi, la potiche qui, selon lui, ne savait même pas cuisiner.

J’essayais de ne pas me formaliser en me répétant que c’était sans doute la preuve qu’il était un père aimant. Mais un soir, il arriva ce que j’avais toujours redouté : la poudrière qu’était ma vie a explosé.

Alors qu’Emira dormait, Farid a voulu s’en prendre à moi physiquement. Pour sauver ma peau, j’ai dû appeler la police. Il est parvenu à les convaincre que j’étais à fleur de peau à cause de mon récent accouchement. Et moi, totalement interdite, je n’ai rien dit. Mon couple, mon foyer, ce cocon douillet que j’avais tenté de construire se resserrait autour de moi pour m’étouffer comme une toile d’araignée.

De retour en Tunisie, où Farid a trouvé un emploi de médecin dans le milieu touristique, et il s’attend à ce que Tina s’adapte aux coutumes de son pays. Mais au bout de plusieurs mois, rien ne va plus et Tina décide de quitter son mari.

Entre garde partagée d’Emira, passage au tribunal, et rencontre de son futur nouveau mari, Tina raconte ses tribulations pour pouvoir ramener sa fille en Allemagne. La situation est difficile. Quand on sait que dans ce type de situation, elle alterne malgré tout des séjours en Allemagne et en Tunisie.

 

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