Fille de Slaheddine Bey et petite-fille de Lamine Bey, Salwa Bey garde cette douleur camouflée de princesse blessée, d’une écorchée vive de l’histoire cruelle vécue par sa famille.. Aujourd’hui, son allure altière et digne d’une reine héritière dans son univers qu’elle s’est crée continue à vivre. Son cou si fin, son regard d’acier et son allure droite gardent cette dignité et générosité royale renouvelée. Nous l’avons rencontrée, confiante, elle nous a confié ses amours et ses blessures… Entretien.

Si vous aviez à vous définir, que diriez vous?

Une citoyenne tunisienne comme la femme rurale ou la citadine. C’est Dieu qui m’a fait naitre dans un Palais… C’est aussi Dieu qui a Voulu qu’à peine 16 ans, je me retrouve avec ma famille dans la rue, dormant sur des cartons à même le sol. Je suis issue d’une famille qui a régné durant 252 ans en Tunisie, je suis de la famille Husseinite.

Quel est votre lien de parenté avec cette famille ?

Je suis la petite fille du dernier Bey de Tunisie… Lamine Bey et fière de cette appartenance.

Vous n’avez jamais quitté la Tunisie ?

Malgré notre descente aux enfers, nous n’avons jamais quitté notre Pays la Tunisie.

Dans le cœur de beaucoup de tunisiens, vous êtes toujours la princesse tunisienne dont la vie a basculé à 16 ans…

Vous traînez encore une douleur aujourd’hui ?

Je sens effectivement beaucoup d’affection et de respect à mon égard de la part de mes concitoyens. J’en donne beaucoup également à mes clients et aux gens qui m’entourent. Malgré les longues années, Il y a toujours ce trop plein d’amertume et de douleur qui me poursuivent jusqu’à ce jour…

Expliquez nous…

Tant d’ingratitude et d’injustice envers mon grand père, le grand Lamine Bey ainsi qu’à l’égard de toute la famille Beylicale et ses alliés.

Vous vous êtes mariée avec un homme formidable. D’ailleurs vous étiez la première femme à avoir suivi votre mari militaire dans une caserne. Est-ce par soucis de réputation que les épouses de bonne famille suivent leur mari là où ils sont ?

Mon Mari Ridha Kchouk, un homme formidable a toujours été présent à mes cotés et auprès de ma famille. Etant militaire de carrière, il Lui a fallu un an pour avoir l’autorisation de mariage. Tout militaire devait déposer une demande d’autorisation. Il a fallu l’intervention de Si Béhi Ladgham alors ministre de la de la Défense Nationale de l’époque. Le nom de « Bey » dérangeait…
Apres 4 mois de mariage, mon mari fut muté à Remada. Je l’ai suivi et c’est alors que je me trouvais la seule femme de militaire en 1962. J’ai appris des leçons de vie de la part des habitants de Remada… Ils avaient cette grandeur d’âme, cette générosité, ce respect et cette bonté…Il n’y a pas assez de qualificatifs pour décrire ces nobles et humbles gens.

Vous aviez un peu oublié vos peines ?

C’est grâce à mon mari qui m’avait aidé a oublier la pénible période. Il m’a consolée et tant soutenue durant les tristes moments. Le hasard a fait que je tombe sur cet homme merveilleux.

Racontez nous votre rencontre…

J’étais encore au Lycée Armand Fallieres, rue de Russie et Lui était en terminale au collège Alaoui. Il faisait Le Chemin de la rue de Rome à la rue de Russie en compagnie de mon amie de classe Claire Sferraza, Ils étaient voisins a St Henry ( Hay Bouchoucha). Il voyait tous les jours une voiture qui déposait une jeune fille tous les matins à 8h, accompagnée d’un garde corps nommé Baba Ahmed. Il avait demandé à mon amie « Mais c’est quoi ce cirque ? »
C’est alors qu’elle lui répondit « Il s’agit de la petite fille du Bey. » cela n’empêche qu’on s échangeait des regards doux. Quelques semaines après, il m’envoya un petit bout de papier où il était écrit « Je voudrais vous voir… C’est sérieux ! ». C’est alors que je lui répondit à mon tour sur ce même bout de papier que c’était réciproque… Notre histoire d’amour avait déjà commencée et elle dure encore aujourd’hui. Que Dieu me garde cet époux extraordinaire qui a su si bien dépasser avec moi des moments si durs qu’on a pu surmonter.
Quand aux blessures… elles sont en moi… que je cache… Je ne les montre ni à mon mari ni à mes enfants qui n’ont appris ma terrible histoire que le jour où je suis passée à la télé avec l’animatrice Insaf Yahiaoui.

Pourquoi n’avoir rien dit à vos enfants ?

Je refusais de les élever dans la haine.

« El Walima » est un joyaux de la bonne cuisine, quel regard portez vous sur ce restaurant ?

Mon restaurant « El Walima » est le fruit d’un pur hasard. D’un rien, ce lieu s’est transformé aujourd’hui en une véritable institution. Un espace rempli d’amour, qui a une âme et une histoire.

Votre vie est un livre… Un jour vous avez dit qu’il sommeille en vous et en train de s’écrire secrètement depuis que l’un de vos ancêtres vous réveilla en plein rêve vous ordonnant presque d’écrire l’histoire familiale. Vous avez commencé à le construire depuis. Qu’en est-il aujourd’hui, sera-t-il publié ?

Je ne suis pas prête à éditer mon livre. Le tunisien n’est pas encore prêt a connaitre son Histoire et moi non plus pas prête a entendre et à accepter l’ignorance et la méchanceté gratuite. Un jour viendra sans doute pour ça…

Quels sont vos rêves souvent caressés ?

J’aspire la réhabilitation de ma famille qui a construit les premiers piliers de la Tunisie moderne. Je dirais éternellement « Tahia Tounès » en remerciant tous ceux qui prendront la peine de lire ma sincérité.

Nadia Ayadi

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