Un réseau francophone rassemblant une vingtaine de journalistes d’investigation des pays du nord et du sud de la Méditerranée (Tunisie, Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, France, Mali, Niger, Sénégal et Togo) vient de naitre suite aux premières assises du journalisme (46e assises internationales de la presse francophone) organisées à la Cité de Culture de Tunis du 15 au 17 novembre 2018. Un réseau francophone qui permettra aux journalistes du continent africain de mener des enquêtes communes avec les réseaux du Nord, dans une démarche proche de celle des Panama Papers. Ce réseau a pour objectif de contribuer à la production et à la diffusion d’informations de qualité et d’intérêt général, il permettra, également, de faciliter le traitement de certaines thématiques comme les migrations, le trafic d’êtres humains, la radicalisation religieuse, les questions de gouvernance et de libertés publiques et les questions de santé et d’éducation.

Un projet de coopération pourrait aussi exister entre les écoles de journalisme de Tours (EPJT) et Tunis (IPSI) pour ‘’compléter ces deux espaces de dialogue par un lieu pérenne et référent pour les journalistes des deux rives, avec la création peut être un jour de la Villa Albert Camus du Journalisme’’, annonce M. Jérome Bouvier l’initiateur de ces assises et président de l’association Journalisme et citoyenneté et l’ancien médiateur de Radio France.

Un journalisme utile aux citoyens

Près de 500 journalistes, éditeurs et organisations professionnelles, venus de trente pays de la Méditerranée, d’Europe et d’Afrique, rassemblés lors de la première édition des Assises Internationales du Journalisme de Tunis, ont lancé un appel solennel aux dirigeants politiques, aux responsables économiques, aux représentants des syndicats, des associations et à la société civile pour que la liberté d’expression et la liberté de la presse soient défendues dans leurs pays comme un bien fragile et précieux.
Ils ont appelé aussi à mettre en œuvre les conditions de production d’une information fiable et indépendante des deux côtés de la Méditerranée.

‘’Le droit de chaque citoyen à une information de qualité est un droit fondamental, comme celui de boire une eau saine, de respirer un air non pollué. Les Etats doivent garantir le libre accès aux informations et données publiques’’, réclament t-ils.Le journalisme n’a de sens que s’il est au service du citoyen. Les journalistes peuvent être critiqués, comme tous ceux qui ont le privilège d’intervenir dans le débat public. Cette critique est
même nécessaire. Mais aucun journaliste ne peut être inquiété, menacé, censuré, emprisonné, assassiné au seul titre qu’il est journaliste !

Un journalisme utile aux femmes

Au cœur des Assises de Tunis où les débats, des ateliers et des formations s’enchaînaient durant trois journées portant sur plusieurs thématiques liées à la presse et aux médias dans le monde entier, à savoir : la régulation et l’autorégulation des médias, la vérification des informations, la formation au journalisme, la situation des journalistes, les contraintes économiques des médias, les nouveaux formats du journalisme à l’ère du numérique et notamment la place des citoyens dans la fabrication de l’information.
Le 16 novembre dernier, lors de la conférence intitulée « Un journalisme utile aux femmes », tout comme à l’intérieur des rédactions ou dans l’ensemble de la société, des femmes journalistes témoignait des combats très lourds qui y ont été portés depuis longtemps.
En Tunisie depuis la révolution de Jasmin en 2011, les femmes journalistes constituent aujourd’hui plus de 50 % de la profession. De plus en plus nombreuses à intégrer l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), elles sont 70 % à entrer sur le marché du travail diplômées. Un record.

Si quelques inégalités en matière de ‘’traitement’’ entre hommes et femmes au sein de rédactions persistent, rien n’empêche les journalistes présentes d’être optimistes en se dirigeant vers un journalisme ‘’plus humanisé’’.
Lors de la séance d’ouverture animée par Hamida El Bour, directrice de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information et Taoufik Mjaied, journaliste à France 24, les panelistes ont confirmé l’utilité d’un journalisme qui répond à la demande des citoyens et non pas aux pouvoirs économiques et politiques.
Dans son allocution d’ouverture, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, n’a pas manqué de souligner la corrélation qui existe entre la démocratie et les médias, tout en rappelant la volonté de la Tunisie d’établir une démocratie juste et une presse libre et indépendante, qui représente un acquis fondamental de la Révolution tunisienne, a-t-il insisté.

Les présents se sont donné rendez-vous en octobre 2020 pour la deuxième édition des Assises Internationales de Journalisme de Tunis, en lien avec la 49ème édition des Assises de l’Union de la presse francophone et toutes les organisations professionnelles tunisiennes.

Samia Rebei

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