Par le Dr Abdelfatah Abid

Pour avoir un sens, il est classique et important de célébrer les dates de survenue d’évènements dont l’impact est exceptionnel dans la vie d’une personne, d’un pays ou d’une communauté. Le 14 janvier 2011 a-t’il apporté quelque chose de substantiel pour le tunisien et la Tunisie? . Nul ne peut nier que cette date rappelle deux choses importantes et vitales . La première est la fin d’une dictature suffocante avec le départ , j’espère pour jamais ,de deux familles , les Ben Ali et les Trabelsi, qui se sont accaparées les rouages du pays et les richesses du tunisien de façon excessive et illégale. La deuxième a été la naissance , chez le tunisien , de l’espoir d’accéder à des jours meilleurs , à une démocratie tant attendue et à une liberté d’expression, composantes principales de la joie de vivre et d’exister. Le 14 janvier est par conséquent une date qui mérite réelle célébration ; celle-ci est restée néanmoins profondément entachée de sentiments de révolte ,de regret ,d’amertume et d’anxiété chez tout citoyen libéral, honnête et nationaliste.
Huit ans après le départ de Ben Ali, la situation reste confuse et le risque réel pour une bascule vers l’inconnu et le pire. Plusieurs raisons expliquent l’absence de démarrage réel et le doute déprimant dans l’avenir proche du pays.
:
1- la révolution spontanée et non encadrée de 2011 a été profondément exploitée dès le départ par des opportunistes agressifs et dangereux. Le parti Ennahdha a mis tout son poids rapidement pour faire sombrer le pays dans l’intégrisme, l’obscurantisme et le terrorisme. Malgré son éviction du pouvoir direct , sa présence insidieuse dans les rouages du pays laisse présager la possibilité d’un retour néfaste plus durable. Le président actuel Béji Caïd Essibsi ,
après avoir trahi ses électeurs ,continue son obstination ouverte et pathologique dans la défense des intérêts personnels et familiaux aux dépens de ceux de la Tunisie. Le chef du gouvernement Youssef Chahed ,par souci d’existence, se trouve obligé d’adopter un esclavage sclérosant au parti d’ennahdha après son divorce consommé avec BCE. Les autres constituants de la scène politique restent , le moins qu’on puisse dire, atteints de désunion apparemment irréparable ,de faiblesse, d’incompétence et d’inefficacité. Le tout laisse le pays dans une anarchie administrative ouvrant la porte large à la corruption, aux abus et au non respect de la loi.
2- le tunisien n’a pas été dès le départ suffisamment sensible au fait qu’il n’y a pas de développement sans travail et sans productivité. L’apport du citoyen dans ce secteur a été décevant depuis la révolution. La détérioration de la productivité, soutenue par les considérations syndicales irréfléchies et excessives et facilitée par la faiblesse sans précédent du pouvoir exécutif ne cesse de détruire l’économie tunisienne et pousse à l’endettement excessif et à l’appauvrissement.

3- la mauvaise compréhension de l’esprit démocratique par le citoyen. La démocratie ouvre certes la porte à exiger ses droits , mais elle comporte obligatoirement en même temps la nécessité de l’accomplissement des devoirs. L’absence de respect de ces deux principes fondamentaux de façon concomitante aboutit à une fracture grave de la vie communautaire. La demande excessive des droits et l’oubli démesuré de l’accomplissement des devoirs ne cessent d’aggraver le déséquilibre qui frappe la société tunisienne.

Il ressort de toutes ces considérations que la célébration du 14 janvier est largement justifiée. Ses modalités ne doivent nullement par contre prendre la forme d’une journée de repos.
La célébration doit au contraire se traduire par une triple réaction : -manifester un mécontentement clair, profond et réel aux opportunistes, – travailler plus afin
d’améliorer la productivité et permettre l’enrichissement, – et rappeler de façon claire et insistante à chacun d’adhérer sans faille aux principes fondamentaux de la démocratie. « La révolution est sans doute toujours en route ».

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