Dans le cadre de l’exposition d’« Afrik’Art » organisée par Mongia Yahia à la galerie Essadi, l’occasion était propice pour faire appel à Farah Khadhar. Mohamed Ali Essadi, directeur de la galerie avait proposé de projeter son film Le « Sabaa » d’une mariée noire de Gabès. Il n’était pas mieux tombé car ce dernier savait depuis longtemps que Farah Khadhar avait déjà effectué des recherches sur l’histoire des noirs du village de Mdou situé au sud de Gabès. Pour en savoir plus, nous avons contacté Farah Khadhar pour nous éclairer davantage sur son film encore plus actuel aujourd’hui. Elle confie que « ce documentaire retrace l’histoire du village de Mdou et ses traditions comme celle du mariage. Un peu plus spécifiquement, le septième jour ou « Sebaa » au moment où la mariée se déplace en procession pour visiter les lieux de culte du village. Accompagnée de sa famille et des amies proches, une procession de plusieurs kilomètres se réalise et se pose devant différents sites : la mosquée, les marabouts de saints noirs ou blancs, ainsi que des sites naturels tels qu’une source d’eau ou un arbre sacré.

Ainsi, ce film prouve que ce village est à la fois africain, berbère et arabe eu égard aux traditions qu’il pratique. Ce qui traduit un beau message de métissage des cultures chez les noirs de la région de Gabès. ». A la question de savoir ce qui l’avait interpellé lors de l’exposition « Afrik’Art », F.K confie que ce qui l’avait surpris le plus, « c’est l’inspiration provoquée par ce film chez certains artistes dont un danseur congolais. Ce dernier voudrait reconstituer cette procession dans son futur spectacle. Il en est également d’autres visiteurs admiratifs et enthousiastes qui ont formulé leur souhait d’aller à Gabès pour découvrir tout ce monde de culture métissée qu’ils ne connaissaient pas.

D’autres visiteurs se sont interrogés sur le message de ce film. Je leur avais expliqué mis à part la procession de la mariée, j’attire l’attention dans ce documentaire sur le fait que les habitants de M’dou sont désignés de « Abid Hmerna », qui veut dire les « esclaves Hmerna », hors il est inadmissible qu’aujourd’hui avec la nouvelle loi du 9 octobre 2018 en Tunisie, qui punit tout acte raciste, certains tunisiens persistent à dire « Abid » pour désigner une population.
Il est vrai que dans l’inconscient collectif, ce terme s’emploie automatiquement par les habitants du sud tunisien mais vu par un étranger, cela signifie automatiquement les « esclaves Hmerna ». Il serait donc temps de rectifier ces désignations. D’ailleurs Saadia Mosbeh, fondatrice de l’association Mnemty, qui lutte contre les discriminations raciales, a adressé une lettre au président de la république, le 21 janvier dernier pour lui demander de supprimer des noms tels que « Atig » ou « Chouchene » qui désignent l’esclave de telle personne. Une stigmatisation des noirs d’aujourd’hui. Je précise que dans le cas de l’appellation de la population de M’dou « Abid Hmerna », cela concerne une appellation collective et non individuelle. Par conséquent, il ya encore beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités afin que cette population ne soit plus désignée comme telle.
Ceci est aussi valable pour d’autres populations désignées de « Abid » comme celle de « Abid Ghbonten » qui habitent au village de Sidi Makhlouf, dans le sud tunisien. »

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