De part sa formation et son itinéraire professionnel qui traduisait la rigueur, la discipline et le sérieux Tahar Snoussi confie ses tribulations avec l’Administration de son pays. En voici la dernière.
« Pour des raisons administratives familiales, je pris sur moi de procéder à la rectification du patronyme de mes frères et sœurs. À l’époque, mon père « Allah yarhemou », qui travaillait dans l’administration, connut deux mutations, outre Tunis: Aïn Drahem et Béja.
En 2017, j’entrepris donc les procédures auprès des tribunaux concernés: Tunis, Jendouba et Béja, puisque la fratrie était répartie sur ces trois villes. Une année et demi plus tard, non sans en avoir bavé, vu des vertes et des pas mûres et trinqué jusqu’à la lie, j’arrivais, tant bien que mal, à régler le patronyme de ceux et celles nés dans les gouvernorats de Jendouba et de Béja.

Le tribunal de Tunis, refusa les dossiers de mes aînés: une sœur ainsi que mon frère décédé en 2014. On exigeait d’autres documents, comme si ces trois villes n’appartenaient pas à une même nation. Je reconstituais donc à nouveau, les deux fameux dossiers et butais sur l’extrait de naissance de mon frère disparu. À la municipalité d’El Menzah 6, on me répondit que je devais fournir une procuration de mon frangin, comme si les morts fournissaient des documents. On me remit un certificat de décès que je joignais au dossier. Mais le tribunal ne le voyait pas de cet œil, le préposé au guichet exigea le fameux extrait de naissance de mon frère disparu. Je revins donc à la charge à la municipalité.

Je fis part des exigences du tribunal, la dame me répondis sèchement qu’elle ne me fournirait point d’extrait. Seuls ses ascendants, descendants ou sa femme pouvaient postuler au fameux, précieux, beau et honorable extrait chéri. Mais « el marhoum », n’avait ni enfants, n’était pas marié et était , à 76 ans, orphelin. Cela arrive chère madame, lui dis je !. Et combien si c’était le cas, pourquoi m’aviez vous fourni un extrait de décès alors ??!. C’est alors qu’elle me fusilla du regard. Imperturbable, je soutenais ce regard qui a du roulé sa bosse, bien imbibé par la bureaucratie et ayant souffert des années durant de léthargie sédentarisée . Elle me répondit qu’elle était chef de service et qu’elle connaissait parfaitement son travail. Et finit par me dire, demandez au tribunal de vous fournir un document attestant ce besoin. C’est alors, que jaillit dans ma pauvre tête, l’histoire de l’œuf et de la poule : Le tribunal demandant des docs à la municipalité qui demande au tribunal l’opportunité de ces docs. Napoléon avait établi des procédures et ne savait pas que celles-ci allaient être exécutés par des Tunisiens.

Bajbouj parlait avec fierté de l’administration Tunisienne: elle a 3000 ans d’âge dit-il !. Sidi Chikh lui, vantait les qualités bienfaitrices de l’administration qui permettaient aux citoyens de disposer de l’eau et de l’électricité. Je me retirais donc, de ces beaux lieux retapés à neuf, les mains vides, avec la ferme impression que l’administration est un parcours du combattant. Je priais le Dieu, qui nous a créé, de me prêter longue vie pour, enfin rétablir un lien administratif entre la fratrie. Ce n’est , quand même pas, grand chose après 65 ans d’indépendance »
T.S

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