Nul ne saurait reprocher à une personne de vouloir améliorer son apparence physique, par des actes médicaux ou chirurgicaux même si elle a conscience que ce secteur de l’activité médicale est aussi un « business » qui connait malheureusement de nombreuses bavures. En effet, dans cette activité médicale, le médecin est tenu à une obligation de résultat consolidé par un contrat avant tout moral envers son patient. Ce contrat qui devrait normalement être réglementé par la loi sensée protéger les patients pour éviter tout dérapage. Et gare aux arnaques!

Si tous les médecins reconnus par le Conseil de l’Ordre sont sans doute autorisés à injecter de l’acide hyaluronique pour le comblement des rides, ils ne sont pas tous rodés à la pratique de la médecine esthétique en général, et aux injections d’acide hyaluronique en particulier. Ils sont dans l’obligation de ne pas commettre d’erreur sur le processus jusqu’au bout.

L’acide hyaluronique est un des éléments naturels constitutif de notre peau. Il attire l’eau comme une éponge et contribue à l’hydratation cutanée. Il est utilisé comme implant de comblement résorbable dans le traitement des rides du visage. Les injections peuvent être superficielles et l’effet est immédiat. Une séance complémentaire peut être nécessaire au bout de trois à six semaines.

HBS ayant subi un grave préjudice, nous a contactés pour nous narrer son calvaire, physique, psychologique et financier. Elle s’était orientée vers Dr M. Ben Yakoub dont le cabinet privé est basée à Aid Zaghouan pour une esthétique du visage à savoir botox et acide hyaluronique. Cette femme médecin se fait avant tout payer d’avance. Ce qui fut fait. HBS a été satisfaite de son botox et a décidé de revenir pour un simple comblement de deux rides. Coût de cette opération 500 dinars payé cash et à l’avance également. Une fois installée, une ampoule de soi-disant acide hyaluronique se casse sur le visage de la patiente. Le médecin étale alors le tout sur la peau en affirmant que cela ne peut être que bénéfique. Elle injecte ensuite le produit avec une seringue, non sans faire souffrir la patiente.

L’opération terminée, la patiente s’étonne avec effrois devant le miroir que rien n’a été changé et les rides sont restées aussi creuses à part un gros bleu près du menton.
La patiente n’a jamais été informée sur les références des produits injectés ni d’un devis et explications sur les précautions à prendre et les éventuels effets secondaires. Le médecin esthétique a pour obligation de communiquer ce qu’il a injecté (nom, fabricant, numéro de lot), et doit fournir l’étiquette de la seringue. Ce qui n’a jamais été fait.

HBS sait au moins pertinemment que le résultat doit être immédiat. Elle pose la question au médecin qui lui répond que son travail n’est pas encore achevé et lui donne un autre rendez vous. Le lendemain, la victime est choquée devant le miroir de la vérité. Un hématome plus profond et une bouche presque tordue. La victime est dans tous ses états devant ses amies estomaquées. Elle appelle encore le médecin qui a causé les dégâts en lui demandant de la rembourser. Le médecin insiste pour que sa patiente revienne la voir. « Je n’ai pas fini mon travail. Revenez dans deux jours pour d’autres injections.

La victime lui répond que ce n’est pas normal comme réponse. Tout d’abord, pour une réinjection d’acide, non seulement le résultat est immédiat et pour une réinjection, il faut attendre au moins trois semaines et non deux jours après. » . C’est alors que la victime demande à être remboursée. Le médecin lui accorde cette requête en lui disant qu’elle était disposée à rembourser les 500 dinars et lui donne rendez vous dans son cabinet à Ain Zaghouan. Une fois sur place, le médecin se justifie en affirmant qu’elle n’avait pas terminé son travail. Pourtant, le rendez vous a été fixé pour remboursement et non pour discutions « Je n’ai plus envie de terminer ce travail. Je n’ai plus confiance. Je réclame mon droit et mon remboursement pour éviter que je porte plainte. ».

HBS à bout de nerf, appelle la rédaction de Femmes et Réalités pour narrer sa mésaventure. Une de nos journalistes d’investigation qui était en train de travailler sur le dossier de la médecine esthétique n’a pas hésité à écouter la plaignante. Mais pour avoir l’autre son de cloche, elle se déplace au Cabinet du médecin en question, le jour du rendez vous entre le médecin et la patiente. Je me présente à la secrétaire en lui tendant ma carte professionnelle en demande à voir le médecin. La secrétaire me répond que le médecin n’allait plus tarder et doit être en route.
– Pouvez-vous l’appeler pour l’informer ? ». La secrétaire s’exécute. Elle écoute sans répondre et raccroche en affirmant que le médecin ne viendra pas aujourd’hui.
– Comment cela, elle ne viendra pas alors qu’elle a un rendez vous avec sa patiente ?
– Je ne peux rien vous dire.
A ce moment là, deux autres patientes arrivent. Elles avaient également rendez vous. La secrétaire gênée leur répond que le médecin a eu un imprévu et sera absent pour la journée. Etonnées les deux patientes repartent. Le médecin rappelle la secrétaire en lui demandant de vouloir parler à la journaliste au téléphone. La secretaire me tend l’appareil :
« Oui bonjour, que puis je pour vous ?
Je suis venue avec une patiente qui a eu un ratage et vous lui avez promis de la rembourser. Je voudrais être plus éclairée par votre version. Je suis en train de travailler sur le sujet.
– Vous êtes journaliste, avocate ou bien son amie ?
– Je suis les trois à la fois.
– Je n’ai rien à vous dire. » Elle raccroche nerveusement.

Cinq minutes après, le médecin rappelle la secrétaire et demande à parler à la patiente. Après un bref dialogue, la patiente revient me voir en me disant que le médecin lui a encore promis de la rembourser la semaine prochaine à condition qu’elle vienne seule.

La patiente plus ou moins rassurée, repart et attend avec impatience le jour J. Sur place, elle m’appelle devant la secrétaire pour me dire que le médecin ne l’a toujours pas remboursée. Devant son exaspération, la patiente n’a plus du tout de patience et l’informe que le seul moyen à présent est de porter plainte et qu’un article sera publié. « Portez plainte à qui vous voulez et dite à votre journaliste de publier ce qu’elle veut….. »
Une heure après, notre journaliste reçoit un appel sur son portable. Un homme se faisant passer pour maitre Ben Yakoub (même nom que le médecin, un curieux hasard) basée à Djerba. Il intimide la journaliste en lui interdisant l’accès chez le médecin et qu’elle n’avait pas le droit d’aller la voir sur son lieu de travail. Que cette dernière était tenue par le secret professionnel… ».
Faut-il laisser ce médecin dans l’impunité totale?
La solution à l’amiable n’a pu être réalisée même si le médecin a admis indirectement son erreur en acceptant le remboursement de sa victime mais qui s’est très vite rétractée.

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