Les relations sexuelles sont essentielles dans la vie du couple, lui apportant amour, équilibre et tendresse. Elles aident souvent à réduire les tensions et à résoudre les problèmes qui peuvent survenir au quotidien. Ors nous avons constaté que de nombreux couples tunisiens vivent mal cet acte primordial pour l’équilibre physique et psychologique.

Les hommes et les femmes que nous avons interrogés ont répondu avec beaucoup de difficulté, mais aussi avec une certaine spontanéité qui nous a permis de mieux comprendre leurs problèmes.
Voici leurs confidences et les raisons de leurs problèmes. Un portrait inquiétant sur la vie sexuelle des couples tunisiens…

Un chiffre pour commencer : selon notre propre recherche, on a constaté que plus de 65% des femmes tunisiennes mariées montrent peu d’intérêt à avoir des relations sexuelles avec leurs maris. Les raisons sont diverses et variées : incompatibilité physique, rapports violents ou sans tendresse, égoïsme et recherche la jouissance masculine, sans tenir compte du plaisir de la femme. Les changements physiques de la femme durant la grossesse et après l’arrivée d’un bébé peuvent aussi altérer le désir chez l’homme.

« J’ai été obligé d’aller voir ailleurs »

Résultat : de nombreux tunisiens vont chercher ailleurs des relations souvent tarifées, sous forme de cadeaux généreusement offerts à des maîtresses avides et cupides. C’est le cas de Mounir, 36 ans, marié depuis plus de huit ans et dont la femme a une santé fragile : « comme elle a toujours de petits problème de santé, qu’elle se fatigue en accomplissant le moindre effort, nous ne faisons l’amour que tous les deux ou trois mois. Mais moi j’ai des besoins beaucoup plus importants et au bout de quelques années, j’ai été obligé d’aller voir ailleurs car le manque de relations sexuelles me rendait agressif à cause de la frustration. Imaginez-vous dormir dans le même lit qu’une belle femme et ne pas la toucher… »

Selon un médecin spécialisé dans ce domaine « le manque d’intérêt pour le sexe chez certaines femmes peut avoir des raisons physiques ou psychologiques. Le vaginisme par exemple, c’est-à-dire lorsque les muscles du bassin inférieurs occasionnent des crampes sévères, rend les rapports très douloureux, voire impossibles. Il y a aussi la sécheresse vaginale qui occasionne irritation et douleur, ce qui va mener à une absence de désir pour le sexe… »
L’éducation peut également avoir des répercussions sur la vie sexuelle du couple, comme c’est le cas de cette quadragénaire : « je suis mariée depuis plus de vingt ans et je dois dire que dès le début j’ai eu des difficultés à accepter l’acte sexuel. Il faut dire que j’ai été élevée par un père rigoriste où la notion de sexe était taboue. Je n’étais donc pas intéressée par le sexe, sauf pour procréer. D’alleurs nous n’avons eu qu’un seul enfant, tant nos rapports sexuels sont rares. Au début, mon mari n’arrivait pas à assouvir ses pulsions et il devenait violent lorsque je me refusais à lui. Mais depuis, il a appris à se contrôler et il ne parle plus de divorcer à cause de mon manque d’enthousiasme pour le sexe. En plus, il risquait de tout perdre : sa famille, sa maison, un statut social et un certain équilibre… »

Autre témoignage : celui d’un père de famille, la quarantaine qui nous a affirmé : « lorsqu’elle se refuse à moi, j’essaye d’en parler, mais elle se vexe et cela met fin à toute discussion possible. J’essaye la tendresse, les mots doux mais cela ne change rien. J’ai l’impression de mendier et cela me gâche la vie. Je passe alors des nuits blanches à ruminer mon aigreur et ma frustration. Je pense tout simplement qu’elle ne m’aime pas et qu’elle s’est mariée avec moi juste par intérêt, pour avoir un foyer confortable… »
Il ajoute : « si je reste avec elle, c’est que j’espère encore que les choses vont changer. On a deux beaux enfants et je n’aimerais pas les voir souffrir comme tous les enfants du divorce. En plus, j’ai construit une jolie maison, dans un quartier agréable et j’aime mon petit confort, mon jardin et mes fleurs. Quitter tout cela me rendrait encore plus malheureux. Alors je reste et je me déteste… »

« L’arrivée d’un bébé change tout »

Avec l’arrivée d’un bébé, la femme va tenter d’être une bonne mère, plutôt que d’une tendre épouse. Les relations au sein du couple peuvent se dégrader pour des raisons inattendues, que nous explique notre médecin :« l’arrivée d’un enfant change tout. Elle peut parfois altérer les relations intimes du couple en raison du « baby blues », cette chute importante des hormones, en plus des réveils nocturnes du bébé et de l’épuisement que cela occasionne. L’allaitement peut également provoquer une sécheresse vaginale. La libération de l’hormone prolactine de lait rend aussi le sexe moins attrayant pour la jeune maman. Une étude récente montre que la moitié des femmes ont un faible désir sexuel pouvant persister jusqu’à trois mois après l’accouchement. »
Une situation que vit depuis quelques mois un jeune papa de trente deux ans et qu’il évoque en ces termes : « depuis l’arrivée de notre bébé, nous ne formons plus un couple. On est devenus deux corps qui dorment dans le même lit, sans désir et sans tendresse. Toute l’attention de ma femme est accaparée par le bébé et moi je me sens abandonné, seul. J’en arrive à ressentir de la jalousie lorsqu’elle lui donne le sein ou qu’elle le câline, alors que moi, je ne suis plus rien pour elle… »

Pour un psychologue « plusieurs raisons, comme la dépression, l’anxiété et le stress, peuvent influer sur la physiologie du cerveau et modifier le niveau d’hormones sexuelles chez la femme, ce qui affecte directement son intérêt pour le sexe. La femme qui prend la pilule contraceptive a parfois un faible intérêt pour le sexe, en raison de forte teneur en progestérone dans la pilule. De même certains médicaments qui atténuent la pression artérielle ou les antidépresseurs, peuvent réduire le désir sexuel… »

Un couple mixte tuniso-allemand a évoqué une question importante et souvent négligée chez les couples tunisiens : « des relations amoureuses accompagnées de beaucoup de tendresse entre les deux partenaires sont essentielles pour faire naître le désir. Les femmes sont très sensibles aux petits gestes et aux mots doux. Elles ont besoin qu’on les écoute, qu’on prenne soin d’elles, même à travers des gestes simples, mais sincères. Or cela est assez rare dans les couples tunisiens. Ecouter l’autre est d’ailleurs important car les femmes au foyer par exemple se sentent souvent seules, isolées du monde extérieur. »

Ce que nous avons constaté, c’est qu’une majorité de couples ne s’aiment pas vraiment, qu’ils n’ont de relations sexuelles que très rarement. Nombre de femmes tunisiennes oublient leur rôle d’épouse pour se concentrer sur celui de mères. Elles ne se refusent pas directement à leur mari, mais elles trouvent des échappatoires qui vont du classique « mal de tête », à celui de « je suis fatiguée, j’ai eu une dure journée », en passant par « j’ai mes règles »qui peuvent durer dix jours ! Le pire, ce sont ces femmes qui vont dormir dans la chambre de leurs enfants pour échapper aux avances de leur mari.

Avec l’âge, le désir diminue chez bon nombre de femmes, d’où la nécessité de remplacer les relations sexuelles par de la tendresse. Être une femme qui travaille et une mère est fatigant. Elle peut se sentir parfois déprimée à cause de la charge de travail. Il faut donc lui permettre de se reposer en l’aidant à la maison. Avec le temps, elle retrouvera de l’intérêt pour le sexe.

Une dernière remarque inattendue : elle concerne ces couples qui se marient très jeunes. Cela provoque souvent des situations inattendues, comme nous l’affirmé un couple qui s’est marié à l’âge de vingt deux ans : « on est devenus comme frère et sœur. Quand on se touche la main, on a l’impression de se toucher soi-même ! »

Yasser Maârouf