Egon Schiele et son monde féminin

Amateur d’art, je n’ai nullement la prétention d’en devenir le critique. Je me contente simplement d’en être l’admirateur. Durant un congrès médical à Munich, j’avais réservé fidèle à mes habitudes, une après-midi de libre, pour visiter le musée d’art « Alte Pinakothek.

Au cours de cette promenade culturelle, j’avais marqué le pas devant un tableau représentant une « Femme assise de dos » dans une attitude expressionniste, effectué par l’artiste Egon Schiele. Au-delà de la beauté artistique de l’œuvre, et dans sa simplicité artistique, l’attitude du modèle inspirait plusieurs interprétations, que l’artiste aurait peut-être voulu nous transmettre et qui ouvrait déjà une fenêtre sur son état d’âme.

 

 

La découverte d’un génie artistique ! Et depuis, à travers recherches et documentation, j’ai voulu en savoir d’avantage sur l’artiste et son œuvre. Je découvre en effet l’image d’un artiste tourmenté, aux talents multiples, au génie exceptionnel et à la disparition précoce. Ses dons de dessinateur lui ont permis d’intégrer l’Académie des beaux-arts de Vienne à 16 ans. Portraitiste, paysagiste, peintre et poète. A mon avis, je crois que tout artiste doit être un poète ayant réussi  avec brio dans l’art à tout ce qu’il avait touché. Il avait fondé à 19 ans avec d’autres peintres, musiciens et poètes un groupe de l’Art nouveau. Il n’y a pas d’art moderne, il n’y a qu’un art éternel !

 

A la mort de Gustav Klimt en 1918, il fut reconnu nouveau chef de file des artistes viennois. Mais ce génie à la courte durée de vie, au comportement contradictoire (j’aime les contradictions), était profondément tourmenté, déchiré, et écorché dans l’âme, par sa propre histoire.

 

 

Egon Schiele était avant- gardiste dans l’art de vivre et de produire. Il réclamait haut et fort « Brider l’artiste est un crime, c’est tuer une vie qui se fait jour ».  Un génie artistique, qui appréhendant une vie courte de 28 ans, avait produit 3000 œuvres d’art. La plupart étaient réalisées au cours des 10 dernières années avant sa mort. Il aimait selon ses propos autant la vie que la mort « je suis humain j’aime la mort et j’aime la vie ».

Le féminin au centre d’intérêt

A travers dessins, portraits, peintures, paysages et poèmes, ce qui m’avait impressionné dans l’œuvre d’Egon Schiele à l’expressionisme exceptionnel, c’était son interprétation multiforme de l’art, où le génie avait dominé l’art. D’enfant prodige au génie tourmenté, son mode d’expression préféré était la provocation et sa passion la spiritualité.

Pour mieux comprendre son œuvre, il faudrait se référer aux différents épisodes de sa vie, et ses relations au féminin découlent certainement d’un vécu imaginatif.

De son premier modèle sa sœur Gerti, à son amante et concubine Wally, à son épouse Edith qu’il avait aimée plus que tout. Schiele dévoile ainsi sa relation avec les femmes.

L’image du féminin commence chez l’artiste par la figuration de la femme dans différentes attitudes comme par exemple « Gerti Schiele en chapeau rouge » ou « Femme agenouillée en robe rouge orange » ou « Femme ricanant » ou encore « La rêveuse ».  Puis on en faisant des portraits « Portrait de Wally Neuzil» ou « Portrait d’Edith Schiele avec chapeau et voilette » ou « en robe rouge et assise» ou encore « vue de trois quarts ». Puis on en faisant des croquis « Femme accroupie, le bras gauche en avant » ou « Liegende Frau ».

Dans sa quête du féminin, Egon Schiele ne se contente pas de décrire la femme dans son rôle attractif et fascinant, mais il veut la dénuder et ceci fidèle à son expression favorite « Le corps expression de l’âme ». Et de là découle l’expression figurative du NU chez l’artiste. Le Nu était son violon d’Ingres. Dans ses tableaux, on retrouve effectivement « Nu allongée aux bas violets » ou « Personnages nus debout » ou « Nu féminin assis au bras droit écarté » ou « « Nu allongé aux jambes repliées » ou encore « Femme assise avec une jambe repliée ».

Le Nu chez Egon Schiele serait incomplet sans la figuration du sexe dans le Nu intégral « L’œuvre d’art érotique a elle aussi un caractère sacré ». C’est aussi l’expression de ses tableaux « Personnages nus debout » ou « Nu féminin aux bras croisés » ou « Wally Neuzil en bas noirs » ou « Femme aux jarretières rouges ». La spiritualité et la sexualité dominent le féminin chez l’artiste, et l’image de Nu revêt chez Schiele une allure obsessionnelle. Tantôt belle, artistique, harmonieuse et érotique, digne d’admiration et d’extase et tantôt disgracieuse, repoussante, décharnée, invitant au refus, voire au dédain, d’un corps nu avec détails et crudités, dignes de provocation. Serait-ce aussi un clin d’œil au tableau scandale « L’origine du monde » de Gustave Courbet, un siècle et demi auparavant ?

L’amour d’une femme

Définir à première vue, l’image de la femme chez Egon Schiele parait hasardeux. En effet cette image répond à l’inspiration d’une âme tourmentée selon l’imaginatif, la découverte et le vécu avec parfois des interférences multiples. La femme est tantôt admirée et désirée «Wally Neuzil en bas noirs », tantôt le même modèle mais en mère de famille « Portrait de Wally Neuzil », tantôt convoitée, exhibant ses trésors et invitante au défoulement « Nu féminin allongé, jambes écartés». Tout résume l’attitude paradoxale et tourmentée de l’artiste vis-à-vis du féminin. Mais ce génie de l’art aux talents multiples, à la tourmente émotionnelle hautement provocatrice, à la passion dominée par la spiritualité et la sexualité, avait un penchant et une admiration déclarée pour le féminin. Mieux encore, il avait aimé une seule femme, Edith son épouse et ce, jusqu’à sa disparition précoce. Pour étayer ces propos, Il n’y a qu’à se référer à deux évènements importants dans la vie d’Egon Schiele, qu’il avait consommé à vive allure comme s’il s’attendait à une fin si précoce.

A la fin de sa courte vie, il avait amorcé une réconciliation avec la vie et le monde de l’art. D’abord dans la totalité de son œuvre dédiée aux femmes (croquis, portraits, personnages et attitudes), le visage et la coiffure d’Edith revient comme un refrain, comme témoin d’une attirance profonde. L’esquisse faite de son épouse enceinte et en train de mourir, alors qu’il était lui-même mourant, a été l’un des messages les plus forts de ce peintre expressionniste.

 

Le dessin renvoie l’image d’une femme belle, malgré une tristesse dans le regard. Elle était porteuse d’une alliance à l’annulaire, symbole de son statut d’épouse ! C’est ainsi que l’artiste expressionniste authentifiait l’image de sa bien-aimée : refuge et dominatrice. « Je persévérerais de bon gré pour l’art et pour ma bien aimée ». Cet artiste génial possédait aussi un don de visionnaire. « Après ma mort, tôt ou tard, on me dressera certainement des lauriers et on admirera mon art ».

Dr Lamine Smida

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