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Performance jamais réalisée : Un tunisien atteint le plus haut sommet de montage du monde…

Anis Trimeche n’est autre que le fils de Rached Trimeche ou Rached El Greco pour les intimes, ce pharmacien grand voyageur du GIGV, écrivain et Rédacteur en chef de la revue Astrolabe diffusée dans plus de 190 pays est comme son père, il a cette soif inassouvie de connaitre l’autre et surtout le monde. Ses prouesses sportives extrêmes ne sont plus à prouver puisqu’il vient encore une fois de réussir un autre formidable défi. En effet, vouloir attaquer le sommet le plus hasardeux et versatile du monde, l’Aconcagua 7000 m (après l’Ervest mais reste le sommet le plus dur et le plus dangereux du monde. Seuls 30% des alpinistes arrivent à son pic) est un peu fou, audacieux et très risqué !
Mais après le 6000 m du Kilimandjaro en Afrique, le 6200 en Himalaya, au Népal, et en solo, le Cotopaxi volcanique 5895, en Equateur, c’est autour du continent américain cette fois et en Argentine vers l’Aconcagua mystérieux qu’Anis Trimeche a voulu accomplir ce challenger ! Et… Il a réussi.

Un immense défi réalisé pour la première fois par un tunisien. Pour en savoir plus, nous vous soumettons les confidences de ce champion à l’adrénaline sans limite et surtout comment il a eu ce courage d’affronter la mort à chaque pas d’escalade. Anis se confie :

« Juste un défi interne, pour cette incomparable adrénaline et pour cette bataille avec soi.
J’ai commencé à aller aux montagnes en Allemagne, aux Alpes, à 60 minutes de Munich. Apres une semaine bien remplie et stress au boulot, je suis allé respirer l’air frais de la montagne.
Retourner au niveau zéro de la survie, du désir primaire, de se battre pour vivre cela révèle des forces cachées qui nous donnent plus de conscience …ces désirs tellement forts que tout notre être change.

La peur de mourir, de continuer, le courage d’avancer malgré la peur et compter sur soi-même. Toujours la victoire de rester en vie, devient un conflit plus facile à gérer. Il y a une grande dimension spirituelle dans les défis dans la nature sauvage.
Est-ce un désir d’ego pour montrer au monde ce que je peux faire et prendre des risques même de la mort ? victime de mon égo ?

En fait ….la meilleure réponse c’est que tout est venu d’une façon spontanée.
Les paysages sont merveilleux lunaires, aucune pollution, le ciel est très proche, les étoiles brillent d’une façon très forte vu l’altitude, l’absence de pollution…. Comme si on quittait la terre pour aller sur une autre planète.

Ma tente, mes 40 kg de nourriture etc. mais j’ai bien réfléchis je dois gagner plus d’expérience. J’ai loué les services d’un guide de montagne.J’avais peur de ne pas trouver le chemin dans les « White outs », un phénomène connu dans les montagnes à haute altitude. Quand une tempête de neige éclate, on ne voit pas plus que 20 cm devant ses yeux même pas ses mains.
Parfois on ne peut même pas se permettre de penser ou laisser les pensées entrer dans notre cerveau, car cela diminue notre attention et on peut trébucher et chuter …
Le jour de mon départ pour l’expédition de l’ascension de l’Aconcagua, je me trouvais sur la dernière ligne droite de cette montagne géante surnommée le colosse de l’Amérique. La montagne la plus haute du monde.

Au delà de la souffrance physique intense, je devais être prêt à la surmonter …à continuer d’avancer avec un froid glacial de – 40 degrés. Avancer vers le haut avec un sac à dos de 30 kg n’a pas été facile… tout mouvement est si dur. On se sent KO, mort vivant, mais on avance avec concentration, avec courage, devant les vents violents, le froid extrême et la difficulté du terrain.
Mais aussi descendre et sortir sans grands dégâts physiques….une chose est sûre c’est la montagne qui aura le dernier mot. J’ai tenté de l’escalader, très dangereusement, voire mortellement !
J’ai pu maîtriser et calculer mes actions avec risque et en fonction de mon expérience mais quand le risque devient grand il vaut mieux ne pas mourir dans cette aventure.
Beaucoup d’alpinistes perdent la vie dans cette montagne. Elle est très connue pour son climat particulier où les tempêtes de neige éclatent.

Ce sont des conditions extrêmes qui rendent la vie dans ces endroits impossible. L’aventure a bel bien commencée, avec sa souffrance mais j’étais prêt… à la guerre comme à la guerre …
Le Vol de Rome vers Santiago s’est bien déroulé …un vol de 14 heures, un vol de nuit …
j’ai pu dormir heureusement et je n’ai pas vu le temps passer, mais rester assis tout le temps, n’était pas très confortable pour moi si grand de taille.
L’avion a survolé la cordillère et j’ai cherché l’Aconcagua la reine…la plus haute dans cette chaîne de montagnes … mais elle se cachait encore. Je viens de loin pour elle…je m’approchais d’elle doucement… J’étais impatient de la voir…En quelques jours, nous avons fait connaissance.

Bref me voilà à Santiago de Chile, c’est comme si c’était l’été, le soleil brille et il fait beau… cela me change de L’hiver Bavarois à -2 dégrée le jour de mon départ… je vais essayer de m’exposer et rester le plus de temps sous le soleil. J’en ai bien envie pour charger les batteries de mon corps de chaleur et de vitamine D. Bientôt il va avoir besoin de toute son énergie pour les périodes de grand froid.

Deux nuits à Santiago pour découvrir un peu le Chile, m’adapter au décalage horaire et dimanche je prends un vol pour Mendoza en Argentine une petite ville pas loin de la montagne Aconcagua.

La paix avant la tempête….Un bon repas à Santiago. Je dormirais tôt ce soir… J’essaie de manger que des salades et légumes ou fruits pour cette envie d’avancer encore plus et encore plus haut.
Pour transporter la nourriture et mon Equipment pour le sommet, j’ai commencé à marcher. Un point de côté a commencé à me faire mal j’arrive plus à suivre mon guide.

Une douleur terrible. Je n’arrive plus à respirer l’air qui me donne toujours une sensation de manque d’oxygène presque d’asphyxie, j’ouvre grande ma bouche et je monte ma poitrine vers l’avant pour augmenter le volume des poumons afin que je puisse respirer.

Dans cet effort de monter chaque pas vers le haut, j’ai une panique intérieure mais je ne voulais pas arrêter ou alarmer le guide. Au début il faut marcher minimum 45 minutes pour se réchauffer ….Le terrain n’est pas facile, beaucoup de neige et ça glisse, il faut être concentré …

J’ai continué à marcher avec l’espoir de sentir ce point de côté disparaître dans les dix minutes…J’ai eu même la pensée que vraiment je n’ai pas de chance …il fait très froid, le vent me pousse de droite a gauche… difficile même de garder l’équilibre…le programme du jour est dur… faire monter la nourriture et l’équipement à 6000 m et redescendre …une nouvelle limite ces 6000 m… J’ai encore moins d’oxygène et la cerise sur le gâteau c’est ce point de côté…

Après 20 minutes avec des douleurs atroces, j’ai attendu la fenêtre de beau temps dans trois jours. Je ferais le dernier push, la partie la plus dure, la plus dangereuse où il y a statiquement le plus d’accidents et de morts.J’arrive a nouveau à respirer plus facilement et j’ai continué la montée jusqu’ Camp 2 à Une montée assez dure à cause du vent froid et du terrain assez difficile. Je suis resté 1’heure pour l’acclimatation et je suis redescendu au camp 2 à 5500 mètres. On dit que la vraie Aconcagua commence après les 6000 m …J’y suis. Mon seul vrai but est de rester en vie future j’essaie de vivre ou survivre de jour en jour. J’entre dans la période la plus critique, je dois me concentrer à fond et charger le maximum d’énergie ….après comme on dit en italien que serra serra…

Mais pour le rester je vais tenter d’aller le plus Loin que je peux vers le haut…..
Aconcagua a et aura à la fin toujours le dernier mot. Considérée comme déesse chez les Incas personne n’osa se rapprocher d’elle que pour lui donner des sacrifices. y a quelques années on a trouvé une momie d’un petit enfant à 5000 mètres … Il faut la respecter et savoir déchiffrer les signes qu’elle envoie au bon moment !
Le combat continu et le plus dur reste à venir. Si vous êtes au chaud et vous pouvez respirer normalement alors priez un peu pour moi… Le corps consomme dans les montagnes facilement 4000 calories par jour, travaille beaucoup plus et on a une tachycardie permanente dans chaque effort.

Le corps produit des globules rouges en très grand nombre pour faciliter le transport d’oxygène car celui-ci diminue beaucoup au fur et à mesure que l’altitude augmente. Le corps a besoin de beaucoup de calories face à l’effort intense et aux processus d’adaptation du corps à la haute altitude ..

Un petit jogging ce matin dans une petite montagne à Santiago, sur le sommet il y a la statue de Maria qui veille sur la ville, même si je ne suis pas croyant ou religieux j’ai médité. Les gens viennent se recueillir et prier pour une religion, église, mosquée, temple bouddhiste etc., les lieux saints ont une énergie vivante.

Un espoir commun à tous les humains. On sent une bonne vibration vers quelque chose de supérieur. Une bonne énergie…

Me voilà au sommet après 30 mn, sachant que la majorité des personnes prennent le téléphérique. La vue est splendide, on voit la chaîne de montagnes des Andes qui entoure Santiago. J’ai espéré voir l’Aconcagua mais elle se cache encore…

Santiago …sans nuages dans l’horizon on arrive de cet endroit à voir le sommet neigeux de montagne. Je cours comme ce matin, depuis des semaines et des mois à jeun pour brûler le maximum de calories.
Je combats parfois le feu par le feu et parfois aussi la souffrance par la souffrance. On devient plus résistant et on augmente notre endurance …on s’habitue à la monotonie de la souffrance. L’Aconcagua. Je vais la voir demain. Je prends mon vol pour Mendoza aet entraîner le corps à résister à la souffrance dans l’effort physique.

C’est clair que l’Ascension de l’Aconcagua ne va pas être facile surtout aux camps. Mon corps me fait déjà pitié…il va aller à ses limites et même au-delà …10 000 calories par jour il dépensera pour le dernier Push au sommet, cinq fois plus que la normale. Il faut boire beaucoup d’eau car le corps perd de l’eau dans chaque respiration.
Perte de l’eau et des minéraux essentiels au corps…car l’eau fondue de la neige est une eau pure qui ne contient pas des minéraux : zéro charge. Il faut boire du thé et des soupes pour compenser la perte d’eau. Un combat contre son propre corps. Mon moral commence à naviguer entre les hautes et les bas. Le grand huit des émotions a commencé.
Bye bye Chili, je prends mon vol direction l’Argentine Mendoza. au pied de l’Aconcagua. Au revoir le confort et la civilisation. Bientôt c’est la nature sauvage qui m’attend …
Demain j’ai un grand rendez-vous …une date avec l’Aconcagua, la belle géante… on dit que le premier regard et la première sensation ne trompent jamais. l’aimer ?….je veux la voir, la sentir … Bonne nuit

8 décembre, 14:43

J’ai fait mon entrainement du matin… maintenant douche je me prépare et direction l’aéroport
Je me prépare comme si j’allais rencontrer une belle fille …juste un détail je fais deux mètres. L’embrasser sur le haut de sa tête, ne va pas être facile !!

Voilà la route de l’ascension …Après les 6000 mètres de Colera vers le sommet et la traversée de la Caneleta de
6 500 m jusqu’à 7000 m. Un paquet de souffrance, le corps meurt un peu à cette altitude. Zone de la mort. Je vais donner mon max.
Une bonne acclimatation, expliquera le taux de réussite de 30% max et la dernière partie de 6000 à 7000 m. Très dur à escalader… il y a plusieurs passages difficiles sans cordes fixes où il y a des accidents et des morts chaque année.
Sommets à haute altitude, plus que le mont blanc … dont 3 en solo …j’ai beaucoup appris sur les montagnes en
Himalaya, en Afrique, en Europe ou en Amérique du Sud… J’en ai fait des concentrations, car beaucoup de paramètres sont imprévisibles. Mais je n’ai jamais été aussi haut.

Je suis prêt mais j’ai un peu peur c’est clair…Le mal aigu des montagnes ne pardonne pas et arrive très vite.
Personne ne parle, on souffre et on avance c’est tout! Respirer c’est dur, marcher c’est dur, dormir c’est dur…
Le corps en maximum alerte n’arrive pas à dormir, ne veut pas baisser la garde c’est l’instinct de survie,
l’amygdale du cerveau qui prend le contrôle et mobilise les dernières forces.
Une chose est sûre, je vais aller au bout du bout et après… au bout de mes forces….mais je jure de rebrousser le chemin si je ne vois pas le bout du tunnel.

Tout est souffrance et on ne sait plus faire la différence …mais heureusement j’ai un peu d’expérience et je connais bien mon corps et ses limites….

Aujourd’hui dernier jour de préparation on commence à se rapprocher de la montagne Nous allons aller à un village à 2000 mètres. J’en ai marre d’attendre, la pression monte et je veux commencer à marcher. Hahah, piano piano, tout arrivera en son temps.
J’ai rencontré dans mon hôtel deux alpinistes et on a dîné ensemble. L’un est suédois l’autre Libanais. Une rencontre heureuse.

La communauté des alpinistes est un monde à part… des êtres venus de tous des 4 coins du monde, laissant leur famille et la vie confortable…Ils sont spéciaux. Ils dégagent une belle énergie comme si les expériences à la limite de la mort les ont transformés pour apprécier plus chaque instant de la vie. Encore 180 km.
On passe la nuit a 2000 mètres et je commence demain doucement la marche.
Les prévisions météorologiques sur le sommet sont catastrophiques pour les prochains jours. Des à 100km /h….mais ce n’est pas grave je suis encore très loin du
sommet… il me faut minimum deux semaines pour la première tentative de l’assaut du
Sommet…

Après les 6000 m ça devient très dur. Beaucoup d’alpinistes prennent la décision de faire demi-tour quand ils arrivent au refuge Independencia (6 400 m). Arrivé à ce stade, il faut bien réfléchir si on a la capacité et suffisamment de force d’arriver ou pas.

10 décembre, 23:16

Mon groupe de l’expédition est composé de quatre personnes venant de (Tunisie , USA, Sweeden, China). On est à 2700 mètres. On passe la nuit pour avancer le lendemain.

Nous sommes devant l’entrée du parc national Aconcagua et on commence la marche. Maintenant c’est +30°, le moral est excellent. Il faut garder ce moment en mémoire, une photo pour comparer nos visages avant et après.

la montagne….on s’attend tous à une bonne « Triha » de la montagne donc on profite
J’ai des douleurs dans le dos à cause du sac à dos. Ça ira, demain repos pour recharger les batteries. Le plus dur reste à venir… Aujourd’hui ce fut long et pénible. Beaucoup de chaleur et beaucoup de vents. Le suédois a presque abandonné. Il est arrivé au camp en retard mort vivant comme une feuille qui danse sous le vent.
Le mal aigu de la montagne l’a beaucoup affaiblit. J’ai essayé de l’aider un peu mais
impossible, il refuse. Peut être demain ça ira mieux pour lui.
Même mon ami Ara le libanais celui qui a gravi l’Everest est resté derrière. Il a des maux de tête et n’arrive pas à dormir. C’est le vent fort qui amplifie tout.

Bref, parfois il faut se reposer 24 heures et l’état s’améliore rapidement. Moi je me sens bien
Je touche du bois malgré ce jour très long, j’ai fait 20% du trajet…après 5500 et selon la météo tout va se jouer maintenant.

13 décembre, 23:03
Ici, en haute altitude, tout est effort même pour les choses les plus simples. DormirAu minimum, gonfler le matelas, ouvrir le sac de couchage, changer ses affaires, mettre la lampe sur sa tête, chercher ses vêtements dans un grand sac qui devient de jour en jour plus chaotique et dans un espace réduit sur les genoux. Si on ne trouve pas quelque chose, on doit déverser tout le sac sur le matelas et tout remettre ainsi 10 fois par jour.

Aller aux toilettes c’est chaque fois un exploit. Je vous épargne les détails juste pour info il y a un trou dans sol sinon tu dois tout faire en plein air derrière une roche dans le froid dans un sac plastique et trouver la bonne position pour ne pas tomber bien sûr…Porter ensuite le sac plastique avec soi, sinon une très grande amande des rangers. Il faut bien s’organiser dans tout toujours concentré…malgré la fatigue le froid le vent et

13 décembre, 22:22

Je suis arrivé au camp Plaza di Francia à 4100 mètres …. La géante Aconcagua se dresse devant moi majestueusement. Elle est imposante, attirante, on ne s’en lasse jamais de la regarder… la seule pleine de neige dans un paysage semi-désertique et aride.

A cette altitude il n’y a plus de végétation, aucune plante ne survit au manque d’oxygène …on
On ne trouve que les pierres et beaucoup de sable mais un regard vers le haut et tout devient blanc et un si beau temps sous un cache-col. Durant la journée, il fait très chaud mais dès que le soleil se cache, les températures tombent à zéro !

Elle dégage une grande force mais en même temps on éprouve une sensation d’impuissance
quand on pense à l’escalader. Elle force le respect. Il y a beaucoup de vents forts et plein de
sable on n’arrive pas à bien respirer, heureusement je cache mon nez et ma bouche tout le
Le corps humain n’est pas fait pour vivre à haute altitude et surtout à ne pas faire d’effort à cette altitude …Dans cas, le corps consomme beaucoup plus d’oxygène.

Les plus grandes menaces sont l’Œdème pulmonaire et l’oedème cérébral. Un scénario terrible même à imaginer. On a des hallucinations jusqu’à la mort. Pour le second œdème, une grande inflammation se produit dans le cerveau , on n’arrive plus à respirer car les poumons commencent à former de l’eau.

=14 décembre, 23:36
Plus que quatre jours au camp. Un programme chargé de montée vers 5000. Un retour pour l’acclimatation, transport de la nourriture eau et équipements vers le haut camp 1.
Je viens de retourner au camp de base. Une journée assez difficile avec 20 kg dans mon sac à dos plein de nourriture vers 5000m, le camp 1, heureusement une journée ensoleillée. J’ai très peu dormi à cause du froid et je tremble beaucoup. Il me faut deux à trois heures de sommeil pour me réveiller à 5h30. Cela fait partie de l’expédition …le corps est fatigué mais il doit suivre le cerveau.

21 décembre, 18:50

Je suis au camp 1 à 5000 mètres…j’ai décidé de ne plus décider, de ne plus réfléchir, pour respirer et faire un pas je le ferais….je viens de loin. Maintenant j’ai accepté ma situation et j’essaie de voir le positif dans chaque nouvelle chose.
La montagne m’a beaucoup enseigné et une des belles leçons de la vie c’est que rien n’est plus penser et d’aller jusqu’au bout de mes forces…tant que j’ai un milligramme d’énergie.

J’ai payé le prix très cher pour arriver ici, je parle de beaucoup d’années d’efforts et de régime
alimentaire, d’apprentissage de plusieurs techniques d’alpinisme, de milliers d’heures
d’entraînement seul dans les montagnes ou dans la salle de fitness ou de natation dans la
piscine … beaucoup de discipline, c’est trop bête d’abandonner …. Même si j’ai fait plusieurs
sont des détails d’organisation et de concentration mais qui démoralisent car tout compte pour
moi et pour avoir le maximum de chance d’arriver au sommet

Après des heures de marche avec un sac à dos lourd, une douleur permanente aux épaules, au dos et avec des difficultés de respirer, j’essaie de faire un pas puis un autre en avançant vers le haut.
Après des heures dans cette marche monotone et difficile, je me sens comme en transe. Comme par magie une grande paix s’installe dans mon esprit, un calme malgré les douleurs du corps, toute situation est provisoire. Le soleil brillera de nouveau et on apprend le plus sur nous-mêmes.
Une nuit très dure au camp 2 Nido de condores, 5500m. Tout est surgelé -20 degré, dans ma tente. Tout est devenu solide. Des cristaux de neige qui brillent sur les parois de la tente et du sac de couchage.

Imaginez passer une nuit dans un frigo. Tout devient dur et glace même mes orteils, sachant que je porte trois chaussettes +bouillote + une polaire veste de canard duvet +sac de couchage.
Je me réveille plusieurs fois la nuit car je tremble et mes orteils en glaçons. Je dois faire vite un massage.
nombre d’orteils et de doigts …chose pas facile !
Pour moi, il y a vraiment deux mondes : Celui de la civilisation, la ville urbaine, un mode de vie que l’humain a construit sur mesure pour améliorer sa vie pour plus de confort, on trouve des maisons chauffées, de l’eau du robinet pour boire ou prendre un bain.

Par une simple pression sur un bouton on a de la lumière …la cuisine est équipée d’un gaz, four, réfrigérateur. Préparer sa nourriture facilement. L’humain se déplace par voiture ou par bus ou autre moyen sans avoir besoin de marcher des heures. De l’autre côté il y a le monde de la nature sauvage …un monde de paysages à couper le souffle, de couleurs et une lumière intense sans pollution.

Bref, l’humain a construit ce monde urbain de civilisation sur des milliers d’années et jusqu’à
aujourd’hui il continue à l’améliorer pour faciliter sa vie…quand on pense au GPS par 2 clicks
on arrive à se déplacer vers n’importe quelle adresse facilement.
Ce monde est aussi un monde où l’humain ne peut pas vivre pour longtemps. Pour mon cas, rien n’est facile, même respirer devient un effort constant.

c’est le monde des montagnes à très haute altitude, dans ce monde on doit aller au bout de nos
manque d’oxygène.
Chaque jour dresser sa tente dans le froid, vent, neige ou autre météo défavorable…Aller aux toilettes devient un effort surhumain. Imaginez vous, au milieu de la nuit sortir de la tente pour aller faire pipi dehors les fesses en l’air dans un froid glacial. Une seule erreur une chute et c’est la mort. On devient sauvage, un animal qui est prêt à tout pour survivre. L’adrénaline dans le sang le danger est partout. On sort de sa zone de sécurité, de confort et ça nous change dans les profondeurs de notre conscience pour devenir un être meilleur en appréciant les choses simples de la vie.

des longues distances, préparer sa nourriture … même les besoins primaires d’aller aux imaginez, vous devez vous lever à – 20° ou -30° au glacial….l’énergie du corps diminue énormément, mais pas le droit à l’erreur dans l’escalade on n’a pas de faveur pour faire 2 erreurs .
Pour moi l’idéal est de quitter de temps en temps le monde de la civilisation et d’entrer dans le monde sauvage de la nature dans le but de vivre des expériences intenses.
ressortir de ce monde sauvage en vie car ce n’est pas toujours évident…

21 décembre, 19:04

Le 23 à 2 heures du matin le push final. Le plus dur, le plus dangereux sera de Colera. 6000 mètres vers sommet 7000 m… 16 heures non-stop. Je résiste encore et encore. 6000 mètres vers sommet 7000 m… 16 heures non-stop. Je résiste encore et encore.

22 décembre, 14:34

Il faut improviser contre le froid, aux pieds une doudoune veste transformée pour réchauffer les pieds…car je me lève souvent la nuit avec des orteils glaçons….
22 décembre, 14:31
Ce soir ou demain très tôt à 2h, le push pour le sommet je suis sur le chemin vers le dernier camp 6000m.

Le suédois vient de descendre en urgence Œdème pulmonaire il n’arrive plus à respirer il a du liquide dans les poumons. La nuit du Destin à l’Aconcagua. Il est minuit. Je suis à 6000 m dans le dernier camp. Dans quelques heures je commence le dernier push pour le sommet 7000. Je n’arrive pas à dormir … Le feu brûle ….et la voie est ouverte pour le sommet. Je me lève….je suis prêt …

24 décembre, 19:37

Les pensées tiraillent mon esprit … je ne trouve plus mon calme… Le manque d’oxygène me
joue un sale tour …. La souffrance s’accumule dans mon mental et la peur s’installe dans mon
cœur …les hormones de stress coulent dans mon sang et empoisonnent mon corps…. je suis
paralysé…je me sens faible avec les yeux grands ouverts vers l’inconnu …je suis la … je suis
en vie mais un peu mort…

Il faut survivre à ce poison à ce cocktail d’hormones toxiques dans mon sang et à ces signaux
…l’univers de mon intérieur vient de s’effondrer… ….le ciel s’est ouvert en 2 et un grand
trou noir est apparu qui absorbe toute bonne énergie et ne laisse que le vide et le doute …mon
monde s’écrase entre deux murs qui continuent à se rapprocher l’un vers l’autre et je me
trouve bloqué au milieu …impuissant …devant ces forces ….j’abandonne ….la batterie de
mon corps s’est vidée … je suis plus faible que jamais ….et à ce moment je m’endors par
fatigue….

Après 2 ou 3 heures …je me réveille…et comme par magie .une lumière au bout du tunnel
apparaît…. Un rayon d’espoir …pour échapper à la force de pesanteur et de gravité qui me
tirent vers le bas ……je commence à m’attacher à cette lumière…..comme une fusée qui veut
décoller et quitter la terre.

Yes, yes, yes, j’ai pleuré toute les larmes de mon corps je viens de descendre du sommet. J’ai donné beaucoup d’énergie pour aller jusqu’au bout de mes forces …je vous dédie cette petite victoire. J’étais l’homme à la plus haute altitude de notre planète terre. l’Aconcagua presque

Une chute serait synonyme de mort. Adrénaline et concentration à fond …pas de corde de sécurité …il faut bien maîtriser la technique de l’escalade avec les crampons…

Quelques instants après mon arrivée au sommet un ami rencontré dans l’expédition arrive derrière moi à bout de souffle en me disant : « je te jure Anis c’est plus dur que l’Everest »

Merci Aconcagua de m’avoir laissé entrer ton royaume en me laissant te gravir.
Anis Trimeche