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 Ô fil de…  l’émotion ficelée de Naima Zoghlami Chehata

Juste au cœur  d’un quartier résidentiel, une vaste voie bordée d’arbre et de maisons aux volets colorés,  Il y a une jolie porte qui se démarque des autres. Lorsqu’elle s’ouvre,  un bel espace nous mène à un atelier niché au fond du jardin secret d’une artiste. Les rideaux sont ouverts et la lumière d’un soleil d’hiver danse au rythme de ses peintures, sur une toile de lin. Sur cette surface, les empreintes de l’artiste peindre, poète, enseignante Naima Zoghlami Chehata nous accueille et un autre chemin s’ouvre : C’est le chemin du cœur.

 

Ses cheveux couleur de jais, ses yeux vifs,  vêtue de vêtements pratiques qui ne feront pas obstacle au geste, elle est assise face à sa nouvelle création qu’elle devait exposer le 16 janvier 2021 à la Villa Tanit à Gammarth aujourd’hui reportée pour des raisons sanitaires connues.

Elle parcourt la surface de lin du regard puis de ses mains fines, le fil du temps passe et repasse avec ses joies, ses peines, ses blessures guidées par l’aléatoire, les vibrations et les émotions. Elle peint souvent durant les heures silencieuses, au moment où tout le monde dort.

 

C’est sans doute à ce moment là, que l’art résonne et l’appelle. Naima Zoghlami Chehata ou Na.Zo.Che pour les intimes,  arrive à donner plus de sens à sa vie lorsqu’elle fait parler son pinceau apaisant. Un regard attendri sur plusieurs décennies de souvenirs peints sur la toile. C’est une nostalgique, romantique plus ou moins blessée, égarée dans un monde sans romantisme plus ou moins cruel.

La couleur ocre d’une palette mélangeant différents monochromes utilisés restituent la figuration de son univers intime. Un moment qui s’étire dans le présent mais que seule la peinture semble pouvoir révéler. Le pinceau devient alors le traducteur d’une volonté réaliste, figurative, sentimentale et triste. Il est lié profondément à la passion de sa vie qui n’a pas toujours été tendre jusque dans ses excès les plus intenses d’une réalité tenue à distance.

Attachée, dans sa manière de peindre par ses fils qui s’expriment dans un sentiment magnifiquement discret et qui naît dans son atelier.  Avec une résistance peu commune, elle s’applique à défaire les fils pour les recoudre, surmonter les obstacles qui jonchent sa route en pansant les douleurs.

Sous le thème « Ô fil de… » son dernier cru, les toiles sont un ruban ou plutôt des fils noués ou cousus comme pour tenter de cacher différentes cicatrices enfouis au plus profond de son être et où peinture et poésie fusionnent.

 

Son œuvre se situe au plus sensible des émotions, celles que l’on n’ose pas montrer à vif.

 

Dans cette œuvre, c’est comme si un fragment de sa biographie s’installe reliée par des fils invisibles et visibles à la fois. Des émotions fugaces mais elles se figent et les sentiments se développent au fil du…temps !

L’artiste-peintre est dans une perpétuelle recherche d’évasion et d’apaisement.  Souvent le sombre domine, par sa tristesse et sa représentation mais aussi par son élégance,  sa profondeur trouée de lumières et qui trouble les repères du jour,

 

Son geste large et sans entraves décrit  ses jeux de couleurs qui jaillissent, s’emboîtent ou fusionnent dans une émotion esthétique sublimée. Quoi de mieux de plus fort, émotionnellement, qu’un tableau parlant qui nous accroche et nous emporte avec une poésie muette ?

 

Rahma sa fille parle avec fierté de sa maman  en citant Saint-augustin « Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion. » Et sa passion, elle ne l’a jamais perdue … en plus de deux décennies !

Ma mère, cette artiste autodidacte, dont la dévotion pour le 3e art n’a d’égal que la pluralité des sujets traités… Un voyage sensoriel au fil des émotions, au fil des aléas, au fil de la vie … « Ô fil de… ».

 

Ce voyage aérien qui nous aurait permis de voyager a été reporté et en attendant une nouvelle date pour voir enfin l’ exposition,

A suivre prochainement pour enfin nous décrasser les yeux et nous soulager d’un confinement qui commence à peser lourd..

N.A