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Me Najet Brahmi Zouaoui : 64% des cas de violence sont constatés au sein du couple.

 

Le nombre de cas de violence à l’égard des femmes connait ces derniers temps une hausse alarmante. Cette augmentation du taux de violence contre les femmes a empiré depuis le confinement en mars 2020.  Après la loi historique contre les violences faites aux femmes votée à l’unanimité par l’Assemblée des représentants du peuple, les victimes sont-elles mieux prises en charge? Les  faits ne rassurent pas. Les violences sont devenues telles, qu’elles mènent même au meurtre. Le cas de Refka Cherni tuée par son mari, relance le débat sur la violence envers les femmes en Tunisie.

A travers sa pratique, Najet Brahmi Zouaoui, avocate auprès de la Cour de Cassation et Secrétaire générale de l’Alliance internationale des femmes Avocates/Genève, a souvent été confrontée à ce genre de dossiers. Un véritable fléau. Elle a découvert combien la justice remplit difficilement son rôle auprès de ces femmes en souffrance. Manque de formation, définition trop floue de l’emprise, refus de dépôts de plainte… à toutes les étapes de leurs démarches, ces femmes sont en lutte. Rencontre avec une avocate engagée.

A votre avis quelle serait la cause de la violence ?

On ne peut pas parler d’une seule cause mais de plusieurs avec une portée différente selon le niveau social. Des études officielles faites sur la violence ont démontré que la cause peut être rattachée au moyens financiers, à des troubles psychologiques, mais surtout à la culture patriarcale. Et s’agissant de celle-ci, l’on se doit de souligner que quelle que soit la classe sociale, il est toujours et de plus en plus des penchants voire un rituel de violences faites aux femmes notamment au sein des foyers et dans les ménages.

Pourquoi un bon nombre de femmes battues ne portent pas plainte contre leurs époux ?

C’est encore une fois un fondement culturel ! C’est l’éducation que les femmes ont acquise qui les empêche de dénoncer la violence qu’elles continuent à subir malheureusement. Plus précisément, c’est la culture basée sur les taboues et noyée dans le silence obligé des femmes qui justifie l’inaction des Femmes battues toutes catégories sociales confondues.

Ces femmes connaissent-elles leurs droits ?

La plupart  connaissent aujourd’hui  leurs droits, d’autant plus que la violence est subie sur un même pied d’égalité aussi bien par les femmes qui ne sont pas diplômées que celles qui le sont. Mieux encore, la connaissance des droits n’est pas nécessairement liée aux diplômes. En fait, les femmes même analphabètes ou peu instruites ont accès à l’information de par les moyens de communication de plus en plus accessibles. Les unes comme les autres demandent avis et conseils quand elles subissent la violence. Le plus souvent, elles s’abstiennent de toute dénonciation ou révélation au sein de leurs familles, mais se confient à des amies, voisines ou à des conseils juridiques.

 Quelle solution pour ces femmes battues ?

J’ai beau le dire et je me permets de le rappeler en votre honneur, la solution ne tient pas d’un miracle ! Elle réside en fait dans le changement progressif de la culture patriarcale qui marque notre société. Cela prendra certes du temps, mais le changement est possible. Encore faut-il travailler sur un nouveau modèle d’éducation des futures générations. Ce serrait au niveau des maternelles et des écoles primaires que le nouveau modèle d’éducation doit s’acquérir.

Quelle est le nombre de femmes battues dans le monde et  en Tunisie plus particulièrement ?

Il faudrait avouer l’absence, pour la Tunisie, de toutes statistiques fiables à cent pour cent pour moult raisons. On peut trouver dans le silence des femmes battues le principal facteur de ce défaut de fiabilité des statistiques. S’ajoute à cela, les limites liées à la digitalisation de l’administration tunisienne qui continue jusqu’à présent à observer un fonctionnement classique synonyme d’un traitement en support papier de l’information. Il va sans dire que ce fonctionnement classique de l’administration ne favorise pas la collecte des statistiques car tout devrait se faire à titre empirique et avec une intervention inéluctable de l’homme. Tâche qui n’est pas du tout évidente.

Ceci étant, nous croyons officiellement savoir que le nombre des procès-verbaux  constatés à l’occasion d’un déclenchement d’une procédure judiciaire de violence faite aux femmes serait passé de 40 000 en 2019 à 60.000 en 2020. Sur ce total, un pourcentage de 64% des cas est constaté au sein du couple.

Il est à noter que le confinement obligatoire et  ciblé décidés en vue de lutter contre la propagation de la Covid-19 aurait contribué à la croissance des chiffres. Les différents spécialistes se sont penchés sur l’étude de l’impact de la Covid-19 sur la violence faite aux femmes.

Quel serait votre message pour les générations futures ?

Dans le droit fil de notre réflexion sur le changement du modèle de la société, nous estimons trop indiqué d’inviter les décideurs à une approche globale de la violence faite aux femmes. Il y aura de la place pour les psychologues, sociologues, historiens et juristes. Les uns comme les autres seront invités à un véritable état des lieux tourné vers des solutions. Et pour celles-ci, un critère fondamental devrait à notre sens être observé : C’est l’action à base âge ! L’éducation de l’enfant devrait tenir du principal paramètre du nouveau modèle de société qui se vaudrait hostile à la violence et fondé sur une cohabitation pacifique entre les différents membres de la société.

Entretien conduit par Aïda Kchaou Khrouf