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Fériel Berraies,  « la Femme est une arme de reconstruction massive » !  

 

Ancienne diplomate tunisienne, cette franco-tunsienne basée en France depuis dix huit ans, milite depuis des années pour le mieux vivre ensemble.  Elle  est aussi le Prix de l’Action féminine 2015 de l’Union des femmes africaine à Bruxelles ( African Woman’s League). Ce prix l’avait récompensé pour tous ses efforts en faveur du woman empowering en Afrique. Fille de diplomate également,  depuis sa plus tendre enfance, elle cultive cette fibre pour l’humanisme, la défense des femmes et de la diversité et le mieux vivre ensemble. Experte Genre dans plusieurs institutions internationales en France et au Maghreb, chercheur en Sciences Sociales, thérapeute et auteur, cette femme leader est reconnue aussi bien en Tunisie  son pays natal, qu’au Maroc et dans tout le Continent Africain.

Fondatrice du Panafricain international NEW AFRICAN WOMAN/ Femme Africaine et de United Fashion for Peace après le printemps arabe, elle a collaboré pour les plus grands médias de la région.

Elle fait son comeback après deux ans de silence et nous parle de sa vision du monde depuis la Covid-19 et la Guerre en Ukraine. Elle annonce aussi de nouveaux projets pour la rentrée dans les domaines des médecines douces.  Entretien avec notre consœur et activiste.

L’Ere de la Covid-19, de la guerre et de l’austérité économique, où se place aujourd’hui l’activiste en vous ?

 J’ai subi de plein fouet la pandémie.  Mon époux feu Gilles GUIGNY avait contracté au début de ce virus, un cancer fulgurant et aussi la  Covid-19. Il fut emporté en cinq mois. Alors oui la pandémie mondiale, cette hécatombe humaine historique s’est étrangement conjuguée avec mon drame de vie personnel. Quelques années auparavant invitée par  la Commissaire au Compte et Présidente du réseau WIMEN  Leila Andaloussi à Casablanca, j’étais intervenue comme femme leader de ma région pour parler de ma vie de mes combats. On m’avait curieusement demandé ce qui me motivait toutes ces années. Je leur ai répondu que je ne faisais que rebondir à des épreuves de vie qui me demandaient sans cesse de surmonter, de dépasser de transformer des fatalités en armes de reconstruction massive. Avec le temps et la force de ma résilience, je suis devenue une arme de reconstruction massive et un modèle pour les femmes de ma région. Du printemps arabe dans ma région, aux attentats terroristes qui ont bouleversé ma région et l’Europe, je n’ai eu de cesse de développer des initiatives pour la culture pour la paix pour continuer à créer des passerelles entre le Nord et le Sud. A l’époque notre ennemi commun était l’obscurantisme, les extrémismes de tous bords et les répercussions sur les droits des femmes de ma région. Et ma casquette d’ex diplomate n’était jamais bien loin et ma vision analytique de criminologue non plus. Mais il est clair qu’aujourd’hui, nous affrontons un ennemi invisible, tentaculaire et nous assistons de plus en plus à des montées de totalitarisme chez nos politiciens qui entravent nos choix et libertés sous prétexte d’une surveillance sanitaire ! Alors oui j’ai été en berne pendant deux ans, mais j’ai observé et j’ai constaté une réelle déliquescence de nos acquis, une humanité en berne et somme toute bafouée !

Quand les acquis sont ébranlés et que l’humain devient une marchandise, quel discours avoir ?

 Cela fait des années que l’altermondialiste en moi a compris ce que pesait l’humain dans l’échiquier international. Je ne suis pas dans l’angélisme ni la victimisation. Je sais que ma vision du Monde de l’éthique et de la justice est obsolète. Mais je tente tant bien que mal de rester fidèle à mes valeurs, elles sont mon ADN, ma substantifique moelle. Mon deuil m’a mise en berne deux ans certes, mais ce qui me caractérise essentiellement, est toujours là. J’ai quitté la vie publique par choix deux ans, trop intoxiquées par des valeurs qui n’étaient plus les miennes et qui sont exacerbées encore plus aujourd’hui alors que nous entrons après le covid et ses effets néfastes, vers une économie de Guerre avec le conflit en Ukraine. Nous entrons dans une ère de désamour certain, de souffrance de l’humanité, de misère économique sociale et affective qui plus est ! Quand absence de visibilité sur l’avenir, restrictions, récession économique et bilan macabre se conjuguent, il est impossible de penser au meilleur. Plus de 5 millions de personnes ont perdu la vie sur un total de quelque 253 millions de cas de covid-19 à travers le monde, c’est effarant.

 Nous assistons à de nouveaux paradigmes ?

Les restrictions tous azimuts à cause de la Covid-19, ont fait de gros dégâts sur l’économie mondiale. Le 23 mars 2020, le Fonds monétaire international (FMI), mettait déjà en garde contre une « récession au moins aussi grave que pendant la crise financière mondiale ou pire. Désormais, il est en plus question de vivre avec un virus insaisissable et nous alternons beaucoup trop d’inconnus sur la qualité réelle des vaccins et leur pouvoir de protection. Je n’aborde même pas le problème des effets secondaires des vaccins, sous peine d’être qualifiée de complotiste !

Même si les gouvernances veulent se montrer rassurantes et que des milliards sont injectés par les institutions financières pour un redémarrage optimal de l’activité économique, moteur de l’existence du monde. J’ai beaucoup de réserves.  Et l’’invasion de l’Ukraine par la Russie va empirer la donne.  Cette guerre affecte la sécurité alimentaire mondiale. L’humanité traversera désormais ses pires crises d’autant que nous allons assister à des incertitudes croissantes sur les marchés financiers mondiaux et les chaînes d’approvisionnement.

Vous dites souvent qu’on a oublié l’humain ?

La pandémie a plongé l’humanité dans un réel appauvrissement et elle a « fait reculer » la démocratie dans certaines parties de l’Afrique, et même en Occident. Car sous prétexte de protéger les populations on passe vers un modèle d’autorité excessif presque totalitaire, nous ne pouvons plus choisir pour notre santé. Les certificats font que, nous sommes comme fichés et interdits de vivre normalement, si nous ne sommes pas vaccinés. J’éprouve un très grand malaise, moi l’opposante à  Ben Ali venue en France pour plus de liberté, me sent prisonnière

Sans être pro ou antivax, j’ai vécu un réel malaise pendant deux ans alors que j’avais enchainé plusieurs chirurgies graves. Il m’était difficile d’accepter que l’on ne me laissât guerre le choix …que de me conformer à une forme de dictature médicale. Beaucoup de polémiques sont nées de cela, on avait le sentiment de devoir rester dans les rangs pour pouvoir être soignés et ne pas mourir « vaccines toi ou crève » !

D’après vous, c’est la pandémie qui a aussi compliqué les efforts pour surmonter l’insécurité et la violence dans le monde ?

Absolument, la criminologue en moi ne peut que le constater, en termes de stabilité et de sécurité, que le monde est en train de prendre un gros coup. Qu’une ère se ferme, que nos acquis sont ébranlés, que le pire est à venir, pour espérer un jour, remettre les pendules à zéro. Mais là on souffre car on est dans la tourmente et on ne peut plus se projeter. La Tunisie depuis des années souffre, son peuple aussi, rongée de l’intérieur et subissant aussi un calendrier « international » de catastrophes, fruit de la globalisation qu’elle a épousé.

La précarité criante depuis le printemps arabe, les crises politiques successives, la crise économique, la Covid-19 , la catastrophe sanitaire, humaine et à présent les souffrances nées des restrictions liées à la guerre en Ukraine, où va -t-on ?

Assurément et je le constate  autour de moi, mes amitiés, mes collègues, la déshumanisation, le désamour, l’abandon… tout cela s’est conjugué avec mon veuvage, rendant ma petite histoire personnelle une profonde tragédie sur fond de chaos humanitaire.

Depuis plus de deux ans on est successivement passés de la crise financière, aux attentats terroristes, aux gilets jaunes, au virus, à la précarité et à l’inflation née de la Guerre en Ukraine ! Comment survivre, comment faire face avec des taxes et des  impôts  toujours plus importants ? Comment garder notre amour pour l’humanité alors que justement l’amour est la seule chose qui sauvera l’humanité !

Que voyez-vous profiler à l’ère du tout catastrophes ?

Je veux donner de l’espoir et être positive mais je ne peux mentir.  Il faut s’attendre du Nord au Sud  à une « une augmentation de la pauvreté et des inégalités » avec la montée des clivages culturels, de l’hermétisme et des populismes de tous bords. Rien qu’en Afrique, il faut s’attendre à plusieurs effets boomerang. Les  conséquences néfastes et continues de la Covid-19… aux effets de la guerre russo-ukrainienne dans le domaine alimentaire, aux défis et aux pressions liés au climat. A cela, s’ajoutera la déforestation ce qui mettra à mal l’environnement. Cela génèrera de nouveaux réfugies climatiques dans le Continent. Des pressions qui vont alimenter les mouvements et manifestations violentes, car la faim et la misère génèrent les pires révoltes. Le Continent Africain va vivre un désastre triptyque sans précédent : une crise alimentaire, énergétique et financière.

Et au Maghreb?

Sa situation n’est pas reluisante avec les instabilités politiques, la crise, le chômage, la précarité, la crise sanitaire, le tourisme qui ne connait pas de hausse, la crise de nos institutions. Cela va être terrible pour nos jeunes, les PME, les femmes aussi et surtout. En temps d’incertitudes,  le conservatisme revient encore plus en fort et menace nos libertés. La démocratie est en danger !

Et pour les femmes on assiste selon vous à une régression de leurs droits ?

L’impact est dévastateur sur la vie professionnelle et la situation économique des femmes et l’augmentation des femmes travailleuses pauvres partout dans le monde, à cela s’ajoute l’augmentation des violences intrafamiliales et conjugales. Celles-ci ont augmenté de 30% pendant le premier confinement mondial et ont grimpé à 60% en France en juin.2021… je ne connais pas les statistiques en Tunisie, mais je pense sincèrement, que cela a été très dur aussi.

D’après vous, qu’est ce qui nous sauvera ?

La solidarité, l’amour, l’humanisme, l’humanité, mais il est à craindre que ses valeurs soient muselées par des intérêts « dits ou considérés à tort » comme supérieurs : le capital déshumanisé et sauvage. Les pays non-alignés selon un certain « modèle gagnant « qui, refusent d’adopter la ligne occidentale, se verront mis hors la loi. Et c’est dommage car nous enterrons la liberté, la diversité et le droit de ne pas vouloir se conformer à un moule. Les identités deviennent «meurtrières»   et le refus d’obéir à la loi du  plus fort décriée. Quel monde allons-nous laisser à nos enfants, celui du plus fort, du plus dur même s’il n’y a plus d’éthique ! ? Quand on est endettés, on rentre dans un système de servage et la Tunisie y est dedans? Nos  libertés sont bafouées, et nous avons perdu la joie de vivre et l’espoir. Nous sommes alors infantilisés par des fonds monétaires, des institutions ingérables. Pourtant nous sommes debout, blessés mais debout et nous les femmes continuons à être les flambeaux de l’espoir.

 Vous avez vécu des choses terribles depuis trois ans, mais d’où sortez-vous votre combativité ?

Leila Al Andaloussi m’avait invitée il y a trois ans à Casablanca pour le lancement du réseau de Femmes leaders et chef d’Entreprise WIMEN   et lors de mon allocution on m’avait demandé d’expliquer les raisons de mon parcours. J’ai simplement répondu que mes acquis et mon parcours étaient le résultat de l’Energie du désespoir, de défis qui m’ont toujours amenée à me surpasser. Alors, j’ignorais que j’allais trois ans plus tard, perdre mon mari en cinq mois et perdre ma vie d’avant et tous mes acquis. Je comprends aujourd’hui que comme pour tout ce qui passe dans le monde, c’est la fin d’un cycle et moi tout comme l’humanité, devons avancer pour en créer un meilleur sans jamais oublier l’ancien monde et ses valeurs. Il est temps d’avancer, il est temps de fermer le chapitre, d’accepter la douleur du changement car rien n’est facile, rien n’est sûr, mais tout est à reconstruire.

Je suis une arme de reconstruction massive! les  femmes sont une arme de reconstruction massive ! Il faut qu’elles le sachent, bafouée et humiliée, elles sont des lionnes, elles ne renoncent jamais.

Mon grand retour cet automne,  se signera par des nouveaux projets et des collaborations pour des institutions médicales en France, des ateliers de Bien-être entre la Tunisie et le Maroc, la reprise de mes médias et collaborations journalistiques.

La vie est un éternel recommencement !

Entretien conduit par Nadia Ayadi

Crédit Photo : Tao Zemzemi.