Nabila Hamza, militante féministe, experte dans le domaine du développement et actuelle vice-présidente de la municipalité de La Marsa, nous confie ses sentiments en cette période pénible et dure du Coronavirus et comment elle vit son enfermement. Elle confie :

« Je ne sais pas si on peut parler de confinement quand on est élue municipale et devant l’urgence sanitaire à laquelle on est tous confrontés aujourd’hui. En fait, je ne suis restée confinée que quelques jours.
Dans un premier temps, j’étais comme paralysée, stupéfiée, devant cette tempête qui n’épargnait aucun continent et devant les statistiques mondiales, macabres, qui tombaient tous les jours sur mon écran d’ordinateur ou de télévision, ne sachant pas trop quoi faire, comment agir ou réagir……puis réalisant l’étendue de la catastrophe et son impact sur les populations les plus vulnérables et comprenant que la période de confinement risque de s’étendre encore sur des semaines, voire des mois, j’ai décidé de sortir de ma léthargie et d’agir, au moins au niveau de ma commune.

Avec le maire et d’autres élus, nous avons constitué une cellule de crise, qui s’est chargée entre autres, d’identifier toutes les familles nécessiteuses sur la commune, estimées a 3500 familles, collecter les dons et mettre en place un circuit de distribution alimentaire, de kits d’hygiène et d’aides d’urgence aux familles en détresse, aux personnes qui ont perdu leur emploi, ainsi qu’aux immigrés et résidents sub-sahariens, qui vivent dans l’isolement et qui n’ont plus de ressources… Nous avons également mis en place un plan de continuité et de collaboration avec la société civile et des associations très actives sur la Marsa pour le maintien des services, la distribution des aides et la prise en charge des groupes les plus fragilisés, qui reste un des enjeux majeurs de cette situation de crise.

L’élan de solidarité et d’altruisme que j’ai trouvé auprès de nombre de mes concitoyens, prêts à se dévouer corps et âme pour les autres, m’a redonné du souffle. Mon second souffle me vient de mes camarades de l’ATFD, dont je salue la capacité de réaction et d’adaptation rapides dont elles font montre pour continuer à venir en aide aux femmes victimes de violence pendant cette pandémie. Un maintien assidu des services d’écoute et d’orientation, télétravail, aide sociale d’urgence ciblant les familles monoparentales, travail en réseau avec les structures partenaires.

La violence à l’égard des femmes, qui est déjà une épidémie dans toutes les sociétés, augmente en période de confinement. La mise en quarantaine est particulièrement dangereuse pour les femmes victimes de violences conjugales. Les cas de violence contre les femmes ont été multipliés par cinq au cours de la dernière année en Tunisie et les services du ministère la Femme et de l’enfance, ainsi que nos centres d’écoute, ont enregistré une hausse considérable de ces cas, en cette période de confinement. Nous militantes de l’ATFD sommes là pour faire preuve d’appui, de bienveillance, de solidarité et pour que les épreuves que vivent les femmes, ne se surmontent en solitaire.

Les enjeux sont donc importants et multiples et nous devons unir tous nos efforts pour faire a cette situation et minimiser l’impact de cette pandémie.  »

Propos recueillis par Nadia Ayadi

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